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Alexandre RIOT, Ingénieur Calcul et R&D à CITD, Getafe (Espagne)


Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview.


Quel est ton parcours avant la thèse ?

Issu d’un Bac S-SVT obtenu au lycée polyvalent Jules Garnier de Nouméa, en Nouvelle Calédonie, j’ai poursuivi mes études en classes préparatoires aux grandes écoles dans le même lycée (PTSI-PT). Suite aux concours, j’ai intégré les Arts et Métiers en cursus généraliste, au cours duquel je m’étais initialement dirigé vers un double diplôme avec des universités partenaires américaines en option aéronautique. Suite à plusieurs refus, mais souhaitant toujours travailler dans un domaine technologique de pointe, je me suis réorienté vers un double diplôme master recherche entre les Arts et Métiers et l’Université de Bordeaux, spécialisé en mécanique et énergétique appliqué à l’aéronautique et au spatial (équivalent universitaire de l’année Master 2).


Pourquoi avoir choisi de faire une thèse ?

Pour tout vous dire, cela ne faisait pas partie de mon plan de vie initialement ! Au cours de ma dernière année d’école, j’ai eu l’opportunité de travailler sur un projet de semestre supervisé par mon futur directeur de thèse, mais surtout en collaboration avec un collègue et ami du début d’école. Notre synergie et dynamique au cours de ce projet nous a poussé à nous surpasser, ce qui nous a valu à chacun une offre de thèse de la part de Marco (notre superviseur).

Au début, avec mon ami, nous nous faisions la blague de « si tu le fais, je le fais ». Finalement, le running gag est devenu réalité : après mûre réflexion sur les bénéfices de faire une thèse – à savoir, la reconnaissance internationale du titre, les compétences scientifiques et techniques acquises, ainsi que la mise en valeur industrielle croissante – nous avons décidé d’accepter l’offre (chacun de notre côté d’ailleurs, ce n’est qu’après coup, que nous nous sommes rendus compte que nous avions choisi de poursuivre nos études).


Comment bien choisir son sujet de thèse ?

Cela va paraitre bateau comme réponse, mais « ce n’est pas vous qui choisissez le sujet, c’est lui qui vous choisit » ! Plus sérieusement, il est rare de tomber sur un sujet qui vous plaît à la première lecture.

Tout d’abord, il faut que le sujet et la thématique soient cohérents avec votre projet de carrière global. Si vous voulez vous diriger vers un domaine de recherche académique ou industrielle qui correspond au sujet que l’on vous propose, ou vers l’enseignement supérieur, ou même vers un poste dans le même domaine et qui requiert des compétences scientifiques et techniques complémentaires, la thèse de doctorat est une voie royale. Pour ma part, je voulais me démarquer sur le plan technique et scientifique, et ce dans un domaine mécanique et industriel avancé, qui puisse également me permettre d’acquérir des compétences transversales et applicables dans divers domaines industriels.

Ensuite, il faut que le sujet parle au candidat sur le plan de la thématique et de la technique. Le candidat devrait choisir son sujet non pas parce que c’est un sujet à la mode (« hot topic »), mais parce qu’il a une affinité pour le domaine associé au sujet. Cela peut paraitre évident, mais cela requiert un travail d’introspection honnête sur ce que le candidat aime, et surtout n’aime pas ! Pour ma part, j’aime avoir les mains dans le cambouis, mais aussi sur l’ordinateur, et j’ai trouvé un sujet qui me permettait de faire à la fois de la simulation, mais aussi de l’expérimental (ce qui est assez rare).

Enfin, et je pense que c’est l’un des points que les candidats sous-estiment le plus, c’est l’équipe d’encadrement, ce qui introduit bien la question suivante.


Comment bien choisir son équipe ?

Déjà, comptez le nombre total d’encadrants : la vision d’un seul encadrant risque de formater ce que vous voulez faire du sujet de thèse (« tunnel vision »), mais une équipe trop large n’atteindra pas forcément de consensus sur les directions à prendre. Un nombre de 2 encadrants me paraît raisonnable.

Ensuite, vous aurez probablement à passer des entretiens avec chacun d’entre eux. N’hésitez pas à les connaitre sur le plan professionnel, comme sur le plan personnel, posez leurs des questions sur leurs forces scientifiques et techniques, sur ce qu’ils peuvent vous apporter, sur leurs projets actuels et futurs !

Surtout, soyez certains que chacun des encadrants sera présent et disponible tout au long de la thèse : certains évènements de la vie sont imprévisibles, mais si l’un des encadrants a pour projet d’aller faire un échange à l’autre bout du monde, vous serez livré à vous-même, et aurez plus de difficultés à trouver le bon filon pour avancer sur le sujet.

L’équipe d’encadrement est très souvent indissociable du sujet de thèse. Si le sujet d’une thèse vous plaît, mais que l’équipe ne correspond pas à vos attentes, il est toujours possible de trouver un sujet similaire dans une équipe ou laboratoire différent, tout en élargissant son champ de recherche d’équipe ! N’excluez pas les laboratoires de recherche loin de chez vous, voir à l’étranger : ce sont des portes qui s’ouvriront à vous !


Dernière question : faire une thèse, c’était bien ?

C’est une question à laquelle il ne faut pas répondre à chaud ! Avec du recul, la thèse m’a apporté tellement de choses, tant sur le plan professionnel que personnel.

D’un point de vue professionnel, mener une thèse m’a donné des outils méthodologiques scientifiques, techniques et de gestion, mais aussi des connaissances, que je n’aurais jamais acquis en école d’ingénieur. Pour la faire courte, je n’ai plus du tout la même approche que j’ai sur une question maintenant, que ce que j’avais en sortie d’école. De plus, la thèse vous met dans une situation unique, ou vous êtes chef de projet, chef technique, exécutant, mais aussi directeur marketing d’un sujet scientifique complexe ! Toutes les compétences acquises sont transposables quel que soit le poste que vous voulez occuper après thèse. De plus, la thèse m’a apporté une déontologie de travail en accord avec les valeurs qui m’ont été inculquées. Cependant, cela peut être parfois un exercice abstrait, qui requiert de la créativité, et cela m’a souvent poussé au-delà de mes limites. Surtout, cela m’a appris à travailler en autonomie, et en autoformation, ce qui est un grand plus dans l’industrie si vous voulez faire preuve d’initiative ! Faire une thèse ne vous empêche pas non plus de resauter ; j’étais également en position de choisir des partenaires, de promouvoir mes travaux auprès d’industriels – et pour vous qui sait, peut-être que ce sera l’opportunité de rencontrer votre futur employeur !

D’un point de vue personnel, la thèse m’a actuellement mené ou je suis aujourd’hui ; j’ai rencontré ma compagne, et future femme, au cours de mes études doctorales, ainsi que beaucoup d’amis proches. Faire une thèse crée de puissants liens, car vous vivez – et vivrez si vous choisissez d’emprunter ce chemin – des moments forts en émotions, autant bons que mauvais, que vous partagez avec vos compagnons de fortunes que sont vos collègues de thèse. Partager ces moments vous aidera dans les périodes les plus difficiles.

Enfin, j’ai beaucoup appris sur moi-même, sur mes forces, mes faiblesses, sur ce dont j’avais envie (et surtout, ce dont je n’avais pas envie) dans ma vie. A vrai dire, mon état d’esprit se résume en la citation que je fais en début de mon manuscrit (je vous laisse la surprise d’aller voir). Cela apporte un grand niveau de satisfaction, et nous montre à nous même qu’en travaillant dur, on peut atteindre des objectifs complexes.

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