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Je ne voulais pas faire médecine et pourtant je suis Docteure !


Chloé HULEUX DESGRANGES
Chloé HULEUX DESGRANGES

Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview.

 

Peux-tu nous présenter ton parcours et pourquoi as-tu décidé de faire une thèse ?

Durant toute ma scolarité j’ai été à la fois passionnée par les sciences et par les langues. Le métier d’ingénieur.e apparaissait idéal pour combiner les deux.

J’ai suivi la voie classique : bac S et classe préparatoire Physique Chimie Sciences de l’Ingénieur.

Départ ensuite pour la Normandie à l’Ecole Nationale des Sciences de l’Ingénieur de Caen (ENSICAEN) où j’étudie les Matériaux et la Chimie avec une spécialisation dans les Matériaux de structure et la préparation d’un double diplôme M2 Matériaux Avancés pour les Nanotechnologies et l’Energie.

Lors de mon stage de fin d’étude en collaboration avec un doctorant, j’ai pu voir la vie de thèse et cela m’a beaucoup plu. Me voici donc partie en 2017 pour une thèse avec le Centre des Matériaux des Mines de Paris et l’équipe de Métallurgie Structurale de Chimie ParisTech, en collaboration avec Safran et TIMET, pour une thèse sur les caractéristiques métallurgiques et mécaniques d’un nouvel alliage de titane.

 

Pourquoi avoir choisi de faire une thèse après l’école d’ingénieur ?

Lors de mes stages en école d’ingénieur.es, j’avais découvert une application spécifique de chaque type de matériaux (polymère, céramique et métaux).

J’ai beaucoup aimé ma dernière expérience dans la métallurgie et j’ai souhaité approfondir la découverte de ce domaine.

La perspective de pouvoir mener moi-même (avec l’aide d’équipes multidisciplinaires bien sûr) un sujet quasiment inexploré était aussi très excitante !

Enfin, je voyais la thèse vraiment comme une première expérience professionnelle (ce qu’elle est véritablement d’ailleurs), plus qu’un diplôme supplémentaire.

 

Quel poste occupe-tu aujourd’hui et en quoi ton doctorat est-il utile ?

Je viens d’être embauchée en Isère comme Responsable R&D Cleaning chez 40-30, groupe international proposant des solutions de maintenance en technologie du vide, électronique industrielle et applications ultra-propres.

Avant cela, j’ai été Cheffe de projets développement produit chez Ugitech, une aciérie savoyarde, puis Ingénieure R&D chez Integris Composites, un équipementier de protection balistique.

J’ai donc exercé dans des domaines bien différents et c’est une des premières forces de mon doctorat. Le sujet du doctorat étant un terrain de jeu inconnu lorsqu’on débute, cela me permet d’être adaptable dans de nombreux domaines d’ingénierie.

Le fil rouge de mes diverses expériences est la diversité des missions. Chaque poste occupé demandait de mettre en œuvre de la communication, de la gestion d’équipe et de projet, du suivi de budget, de la formation, de la relation client.es/fournisseur.es/partenaires en plus des missions techniques spécifiques à chaque poste.

Mes trois années de doctorat n’ont pas échappé à la règle et m’ont permis de m’initier à cette diversité de missions que j’apprécie et d’affiner aussi ce que je préfère pour la suite de ma carrière.

 

Les femmes sont sous représentées dans le domaine du STEM (Science-Technology-Engineering-Mathematics), comment s'est déroulé votre doctorat ? Et dans le milieu professionnel ?

J’ai la chance d’avoir vécu un doctorat sans problème de harcèlement ou pire. J’estime que cela est une chance, même si ça devrait être la normalité, car j’ai malheureusement lu beaucoup de témoignages beaucoup moins heureux. Les différentes enquêtes sur la qualité de vie au travail lors d’un doctorat montre aussi l’existence d’un problème bien réel. Néanmoins, je n’ai pu m’empêcher de remarquer des différences de traitements entre personnel masculin et féminin.

Les STEM restent aujourd’hui majoritairement un milieu masculin. J’ai l’impression que les hommes bénéficient d’une légitimité technique plus importante, même lorsqu’ils débutent, que ce soit pour un doctorat ou dans une entreprise/un laboratoire.

J’entends par là que j’ai souvent l’impression qu’on s’intéresse plus à ma personne et à ma vie privée qu’à mes compétences techniques contrairement aux interactions que j’ai pu voir avec mes pairs masculins. A cela s’ajoute les nombreuses remarques sexistes « ordinaires », qui, parce qu’elles sont bien ancrées dans les mœurs, sont plus difficiles à contrer.

Dans le milieu professionnel après le doctorat, les comportements sont plus ou moins similaires. Sans faire de généralisation, j’ai souvent eu l’impression de devoir faire d’avantage mes preuves qu’un équivalent masculin pour des postes impliquant du management d’équipes, d’autant plus dans des industries en activité depuis plus de 30 ans.

Heureusement, les mentalités changent, doucement mais sûrement. De nombreux.ses acteur.rices se mobilisent pour un changement de regard, ce qui permettra de tendre de plus en plus vers une visibilisation des femmes dans les STEM.

 

Avez-vous des conseils pour une personne qui hésiterait à se lancer dans une thèse ?

Le premier conseil qui me vient à l’esprit c’est de NE PAS faire une thèse juste parce qu’on ne trouve pas de boulot en tant qu’ingénieur car ce n’est, à mon avis, pas l’état d’esprit de la thèse.

Je crois qu’il faut envisager la thèse comme un marathon. La route est belle et longue et il faut être passionné par son sujet pour tenir jusqu’au bout du jeu.

Un conseil facilement actionnable : l’entretien de thèse (comme tout entretien d’ailleurs) est dans les deux sens. Définis les critères qui sont importants pour toi. A titre d’exemple personne, je n’ai pas donné suite à certains sujets car je n’ai pas eu le feeling avec la direction de thèse ou parce que le sujet ne m’animait pas.

Si tous les feux sont au vert et que tu as juste peur de ne pas y arriver, lance-toi, tu ne seras pas seul.e et l’aventure en vaut le coup ! Une des citations de mon manuscrit résume bien l’aventure de la thèse : « PhD is a life packed in a degree. It is a practical guide of learning how to not give a fuck ».

 

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