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Marie FOURNIER, 28 ans, docteure-ingénieure en photonique (Abbelight)

Nous poursuivons avec Marie des interviews qui visent à monter la variété des parcours professionnels des Docteurs 2021.



Bonjour Marie,

La lecture de votre profil LinkedIn et de la présentation de votre thèse publiée sur theses.fr

m'ont incité à vous proposer une interview. Merci beaucoup d'avoir accepté.


Pourquoi en thèse en biophotonique (Université de Lille) et comment y êtes-vous arrivé ?

Après une classe préparatoire scientifique (PCSI/PC*), j’ai décidé d’intégrer l’école Télécom Physique Strasbourg. J’y ai acquis un large background en physique, mathématiques et sciences de l’ingénieur, avant de me spécialiser en photonique. Afin de consolider mes connaissances techniques, j’ai effectué un double diplôme Master recherche en nanophotonique pour le vivant, consolidant ainsi mon attrait pour le domaine de l’optique au service de la biologie. Après deux stages réalisés en microscopie optique, j’ai choisi de poursuivre mon aventure par une thèse dans le même domaine. J’envisageais une carrière dans l’innovation de pointe, avec une large composante recherche. La thèse constituait donc une suite logique pour acquérir toutes les compétences nécessaires pour évoluer dans ce milieu.

Quels sont les points les plus difficiles et les plus excitants dans votre parcours de thèse ?

En ce qui me concerne, ce qui a été le plus difficile à gérer au début de mon parcours académique, c’était la frustration. La recherche est un environnement très challengeant où l’on doit constamment se remettre en question, persévérer, se relever après chaque expérience ratée, après chaque faux espoir. On apprend à repartir de zéro, à revoir la grandeur de ses objectifs, décomposer son travail en étape intermédiaire, à mieux s’organiser… et développer son esprit critique.

Par ailleurs, l’aspect de la recherche que j’ai le plus apprécié, c’est l’esprit de collaboration. J’ai eu la chance d’avoir eu des discussions constructives avec des scientifiques qui ont fondamentalement impacté la tournure de mes travaux de recherche. Il est important en tant que jeune scientifique de rencontrer ses pairs afin de confronter ses idées. Cela permet d’avoir un feedback et d’alimenter son réseau. Afin de faciliter les échanges, je me suis d’ailleurs impliquée dans l’associatif scientifique, en co-créant le réseau « Imabio Young Scientists » afin de réunir les doctorants du même domaine et de créer une synergie commune de travail.


Comment se préparer depuis sa thèse à la vie professionnelle en entreprise ?

Il faut savoir qu’en France, contrairement à certains pays, les académiques peuvent connaître des difficultés à l’embauche sur des postes orientés recherche en entreprise. En effet, sur des postes type ingénieur/chercheur R&D en entreprise, les docteurs ne représenteraient que 12% des personnes concernées, contre 55% pour les ingénieurs (source letudiant.fr). Il existe donc un biais dans le recrutement, au détriment des profils 100% académique. Ce biais est bien entendu une perte considérable de talents pour le monde de l’industrie. Un doctorant, au-delà des compétences techniques qu’il acquiert durant sa thèse, développe énormément de soft skills tout à fait adaptés au monde de l’industrie, comme la gestion de projet/budget/temps, le management, l’esprit de collaboration/travail d’équipe, ou encore l’éthique professionnelle.

Malgré cela, on ne peut pas nier le manque de formation et de préparation à l’embauche des étudiants à l’université. De ce constat, il revient donc à l’étudiant de faire preuve de suffisamment d’initiative personnelle afin de bien se préparer à l’embauche dans le secteur privé.

Si j’avais un seul conseil à donner aux futurs diplômés : en entretien, évitez le « syndrome du sujet de thèse », qui consiste à se focaliser sur l’explication technique de son doctorat. Focalisez-vous davantage sur votre adaptabilité à diriger d’autres projets que celui de votre thèse, et mettez l’accent sur vos soft skills.


Comment vous projetez-vous professionnellement ?

Durant ma thèse, j’ai eu la chance d’explorer des domaines scientifiques qui s’étendent au-delà de la photonique comme la chimie, la biologie, l’algorithmie ou la gestion de données. A ce jour ingénieur optique R&D dans une start-up innovante (Abbelight), j’aimerais évoluer vers des postes impliquant de la gestion de projet technique, sur des thématiques interdisciplinaires.


Les femmes sont sous représentées dans le domaine des STEM (Science Technology Engineering Mathematics), comment avez-vous vécu votre insertion dans le milieu professionnel ?

En ce qui me concerne, j’estime avoir été bien intégrée au monde professionnel, sans avoir subi de discrimination de genre. J’ai eu la chance d’avoir pu choisir mon orientation sans interférence de la part de mes parents, et j’ai toujours évolué dans un milieu favorable et bienveillant.

Néanmoins, certaines problématiques subsistent.

A ce jour, des biais inconscients persistent et freinent encore l’intégration des femmes dans des milieux scientifiques/industriels (peur de ne pas être à sa place, remise en question permanente…). A l’origine du choix de l’orientation, un auto-sabotage peut avoir lieu chez les jeunes filles. La cause est probablement le manque de modèles féminins à des postes à responsabilités, et également des stéréotypes sociaux omniprésents, notamment dans le langage.

Nous devons continuer à éduquer et à sensibiliser sur cette problématique d’intégration des femmes dans le domaine des STEM dès le plus jeune âge, et montrer aux jeunes filles que tous les choix d’orientation sont possibles et qu’elles ne doivent pas craindre de choisir une voie qu’elles pensent réservée aux hommes telle que les sciences ou l’industrie. C’est à mon sens une condition sine qua non.

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