Sur un malentendu ça peut marcher
- Flavien DESCHAUX

- il y a 10 heures
- 4 min de lecture

Merci beaucoup pour votre témoignage.
Pourriez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a motivé à faire une thèse ?
Je n’avais pas prévu de faire une thèse!
De nature curieuse depuis mon plus jeune âge et attiré par les matières scientifiques, j’ai suivi un cursus en école d’ingénieur avec prépa intégrée à l’INP Grenoble, obtenu en 2016. La particularité dans mon cursus c’est que j'’ai décidé après la prépa de partir dans le cycle par apprentissage afin de découvrir le métier d’ingénieur, de mettre en pratique mes connaissances et surtout de “mettre les mains dans le cambouis”. J’ai réalisé mon apprentissage chez Areva (nouvellement Orano), mais je n’ai pas trouvé mon bonheur dans l’industrie nucléaire. En effet, mon semestre d’échange à Montréal, en dernière année d’ingénieur, avec des projets de recherche et appliqués sur de nouvelles technologies ont planté une graine en moi, générant un besoin et une volonté d’innover. J’ai donc, avant la fin de mon apprentissage commencé à chercher un nouveau poste en R&D. Un de mes professeurs de Montréal m’a ensuite contacté pour une thèse et cela m’a permis de regarder également les offres de thèses financées par des entreprises, dans le but d’avoir un sujet appliqué. J’ai répondu à quelques offres et après quelques mois sous silence radio j’ai reçu un mail de validation. J’étais désormais embarqué (spoiler alert… avec quelques difficultés administratives) dans cette grande aventure entre le LAAS-CNRS, le CNES, la société CSTM et l’ICAM de Toulouse, avec un sujet concret, un banc d’essai et un seul but, celui de rendre la technologie fonctionnelle.
En quoi consiste votre thèse en quelques mots ?
Mon sujet de thèse (officiel) consistait à proposer des stratégies de commande non linéaire pour un détendeur à commande électronique pour applications spatiales. En vulgarisant, cela revient à piloter le débit de gaz dans un gros barbecue, sous contraintes fortes. Le tout était un mélange d’automatique, électronique et physique (mécanique, électromagnétique, mécanique des fluides) ce qui me convenait parfaitement. La cerise sur le gâteau était d’avoir le système à disposition pour les essais me permettant d’allier théorie et pratique.
Qu’est-ce que la thèse vous a apporté ?
Sur le plan professionnel, la thèse m'a apporté des méthodes de travail solides, une capacité d’apprentissage élevé, une prise de recul sur les problèmes rencontrés, une polyvalence et persévérance à toute épreuve.
En effet, le fait d’avoir un système physique, à caractériser puis à asservir nous rappelle à chaque instant que le monde réel est bien différent des simulations.
Sur le plan personnel, cela m’a donné confiance en moi et en ce que je sais.
J’ai également un conseil à tous ceux qui comme moi ont la volonté de faire de la R&D en industrie post thèse. N’écoutez pas les recruteurs qui disent “Pourquoi avoir fait une thèse, vous ne vouliez pas bosser?”. Il y en a malheureusement, raccrochez-les au visage et ne perdez pas votre temps avec eux. Ils ne vous méritent pas, vous êtes une pépite et vous n’avez qu’à trouver les éléments qui vous feront briller.
Après votre thèse, quel a été votre parcours ?
Depuis le début de ma thèse je savais que je ne resterai pas dans la recherche ni dans l’éducation (même si j’ai adoré dispenser TD/TP). J’ai mis mon CV à jour et suis reparti à la recherche d’offres en R&D. Ainsi, une semaine après la soutenance, j’avais un job dans une PME du secteur spatial dans un service innovation/produit ou avec une équipe très réduite nous avons développé des actionneurs pour satellites (Reaction Wheel, SADM, Plasma Thruster, etc.). Mes tâches étaient très variées, et auraient nécessité normalement toute une équipe! Je devais reprendre l’électronique embarquée, le logiciel de vol, le contrôle-commande, les moyens de tests, la réalisation des essais, le traitement des données, le développement des nouveaux produits, de la feuille blanche passant par la qualification et allant jusqu’à la production série. J’ai énormément appris durant cette aventure qui a durée 5 ans et dont le bilan est très positif car nous avons mis plus de 150 produits en vol sur des constellations françaises (Kineis par exemple), européennes et à l’export!
Depuis fin 2025, j’avais besoin d’un nouveau challenge et j’ai naturellement rejoint la startup Connektica pour améliorer la production des acteurs de l’industrie spatiale.
Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite se lancer dans une thèse ?
N’ayez pas honte de votre parcours et ne baissez jamais les bras !
Ma thèse a été repoussée tous les mois pendant 8 mois en raison de problèmes liés au cofinancement et à l’école doctorale qui ne voulait pas d’un ancien apprenti “sans expérience de recherche”. Si vous êtes passionné par votre domaine, que vous avez envie de bouffer le monde, n’hésitez pas, battez-vous comme un lion et ne regrettez rien.
La thèse n’est pas un long fleuve tranquille, c’est une introspection, un voyage au fond de soi-même et face à soi-même. Il y a des périodes difficiles, de doutes, mais après tout le chemin parcouru, cela en vaut la peine et on peut en être fier.




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