Victorien MAMET, Ingénieur R&D @ Lifeaz


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Merci d'avoir accepté l'interview.


Quel est votre parcours ?

Après le parcours classique classes préparatoires scientifiques, j’ai intégré l’école nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble (ENSIMAG). J’ai toujours aimé les mathématiques et l’informatique m’attirait fortement. Lors de ma première année, je me suis rendu compte que je ne souhaitais pas faire de la programmation informatique mon métier, et que l’application des mathématiques (l’analyse pour la physique, l’algèbre pour tous les nouveaux domaines tel le big data) était vraiment ce qui me correspondait. J’ai donc réalisé le master recherche MSIAM de l’université de Grenoble (Industrial and Applied Mathematics), ce qui m’a permis de découvrir une facette applicative pour l’industrie, tout en étant à la pointe de la recherche fondamentale. Grâce à mon réseau, j’ai effectué mon stage recherche dans une entreprise de l’industrie pharmaceutique, qui m’a proposé de rester en CIFRE ensuite. Après avoir poursuivi en CDI durant 3 ans dans cette même entreprise après la fin de ma thèse, je suis maintenant ingénieur R&D chez Lifeaz, une entreprise dans le domaine de la santé, qui propose les premiers défibrillateurs destinés aux particuliers fabriqués en France et propose une formation pour tous aux gestes qui sauvent sur son application. Je fais des recherches et du développement de prototypes sur d' autres produits potentiels.


Quel était votre sujet de thèse ?

L’entreprise dans laquelle j’ai réalisé ma thèse produit des patchs anti-allergies, pour les enfants ayant des allergies alimentaires (par exemple à l’arachide). Pour produire ces patchs, elle utilisait un procédé d’électrospray (le principe actif était vaporisé sur le patch), qui avait plusieurs inconvénients. Mes travaux ont prouvé, via la modélisation mathématique puis la simulation numérique d’un autre procédé, qu’il était possible d’ajouter un flux de gaz autour du spray, pour induire une composante aéraulique supplémentaire et permettre de réduire ces inconvénients. Le sujet, mélange entre la physique théorique de la mécanique des fluides et de l’électrostatique et entre l’expérimental, me plaisait particulièrement et m’a fait découvrir de nouveaux phénomènes. J’ai publié dans la revue scientifique Physics of Fluid et présenté mes travaux dans plusieurs conférences internationales.

Le stage de mon master recherche m’a permis d’appréhender le sujet de thèse et m’a préparé pour réaliser mes recherches dans les meilleures conditions.


Quels sont vos retours sur le dispositif Cifre ?

Le dispositif Cifre permet de pouvoir réaliser son doctorat en entreprise, selon un contrat entre le laboratoire et l’entreprise. Pour moi, faire la jonction entre la recherche publique et privée est fondamental pour permettre un progrès scientifique fort. D’un côté, les entreprises ne doivent surtout pas se priver de l’excellence académique des universités françaises, et de l’autre, les laboratoires publics doivent pouvoir proposer des applications à leurs recherches pour obtenir des financements et rester attractifs internationalement.

Personnellement, le dispositif Cifre m’a permis d’avoir un lien régulier avec mon laboratoire (je travaillais dans l’entreprise à Paris et allais quelquefois à Grenoble) et, grâce à la bienveillance de mes responsables chez l’industriel, j’ai pu proposer des résultats académiques novateurs et utiles pour celui-ci, ce qui rend évidente la valorisation du travail effectué, l’originalité et les perspectives industrielles.


Qu’avez-vous à dire aux jeunes ingénieurs qui se posent la question de la thèse ?

Réaliser un doctorat nécessite une motivation à toute épreuve pour travailler sur un même sujet pendant trois ans. Parfois, après cinq ans d’études post-bac, on a pas forcément envie de poursuivre sur une telle durée, avec un engagement fort dès le début. Mais si vous vous sentez inspirés par le sujet, n’hésitez pas ! En général, on commence le doctorat avec une période intensive de mise à niveau sur ce sujet avec l’étude de l’état de l’art. La montée en expertise sur le domaine vient petit à petit, et permet à un moment de proposer des choses nouvelles. Plus tard, on se rend compte que la thèse permet de développer à l’extrême notre faculté d’adaptation à l’inconnu, grâce aux qualités acquises, telles la rigueur scientifique ou la méthodologie. Elle ouvre beaucoup de portes, contrairement à «l'enfermement dans la spécialisation» parfois entendu.