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Créer son projet après la thèse – Clément REYNAUD, Co-fondateur du Projet Celsius

Dernière mise à jour : 8 déc. 2022


LinkedIn, Theses.fr

Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview.


Quel était le sujet et l’environnement scientifique de ta thèse ?

J’ai fait une thèse en nano-physique appliquée à l’énergie solaire. Il s’agissait à la fois de modéliser et de réaliser des nano-antennes capables de récupérer l’énergie de la lumière. Pour ceux qui connaissent un peu le concept de dualité onde-corpuscule : l’idée était de faire une preuve de concept de panneaux solaires en prenant en compte la lumière comme une onde, et non comme des corpuscules (ce que font les panneaux photovoltaïques).

J’ai obtenu une bourse ministérielle de 3 ans pour mener cette thèse qui s’est déroulée dans le laboratoire IM2NP à Marseille, au sein d’une équipe d’une 15aine de personnes (professeurs, maîtres de conférence, post-docs, doctorants, stagiaires).


Qu’est-ce qui t’as amené à cette thèse ?

J’ai suivi un parcours en prépa suivi d’une école d’ingénieur spécialisée en optique (Institut d’Optique Graduate School). La physique me plaisait, sans que l’on puisse vraiment dire que j’étais passionné non plus ! J’ai apprécié ma formation en école d’ingénieur car elle était très approfondie et pratique par rapport aux échos que j’avais d’autres grandes écoles plus généralistes.

En revanche, le métier d’ingénieur était quelque chose que j’avais beaucoup de mal à appréhender, et je me suis progressivement posé de plus en plus la question du sens et de l’impact (environnemental, sociétal) du métier que j’exercerai plus tard.

Pour me mettre les idées un peu au clair, j’ai négocié une année de césure avec mon école d’ingénieur et je suis parti 1 an vivre plusieurs expériences professionnelles et personnelles. En particulier, j’ai travaillé 8 mois au Fraunhofer Institute de Freiburg en Allemagne, un laboratoire de recherche dans l’énergie solaire très axé sur le transfert technologique vers l’industrie. J’ai aussi profité des quelques mois qui me restaient pour randonner un bon moment, ce qui est toujours pratique pour trier ses pensées 😊

Je pense que c’est vraiment cette année de césure qui m’a permis de prendre le recul nécessaire pour confirmer l’importance qu’avaient pour moi les enjeux écologiques et mon intention d’orienter au maximum mon cursus scientifique pour essayer d’y répondre au mieux.

De retour de césure, et au fil des discussions avec mes enseignants, il m’est apparu que la recherche était une voie séduisante pour moi : grand choix de sujets possibles, autonomie au quotidien dans le travail, possibilité d’enseigner, etc.

Il a ensuite suffi d’une offre de thèse qui m’a particulièrement plu pour que je candidate et que je rejoigne l’équipe de recherche dans laquelle j’ai passé les 3 années suivantes !


Que retiens tu de ton expérience en thèse ?

Pour en avoir beaucoup discuté avec d’autres doctorantes et doctorants, je crois que chaque expérience de thèse est unique et dépend énormément de la relation avec les encadrants.

Pour ma part, je considère avoir eu beaucoup de chance. Ma direction de thèse m’a fait très rapidement confiance, ce qui était très important car mon sujet de thèse était le premier sur cette thématique qui était donc nouvelle pour l’équipe. J’ai donc pu avoir les mains libres pour créer l’écosystème de recherche nécessaire en me rapprochant d’autres laboratoires en France et à l’étranger, en recrutant des stagiaires, en passant commande pour du matériel, etc.

J’ai été encouragé à aller en conférence pour partager mes résultats très tôt (et très loin…), et j’ai été supporté financièrement pour aller passer 1 mois à Singapour dans une des équipes de recherche de référence au niveau mondial sur une partie spécifique de mon sujet de thèse.

Honnêtement, j’ai depuis oublié la quasi-totalité du contenu théorique que je manipulais à ce moment là (il y a 4 ans) 😊

En revanche, la thèse m’a apporté plusieurs choses qui m’ont été essentielles :

- Une capacité d’organisation, de relationnel professionnel et de gestion de projet

- Une confiance personnelle dans ma capacité à mener un projet et à comprendre des sujets complexes

- La conviction que si je ne comprends pas quelque chose, ça n’est finalement pas parce que je suis bête, mais plus probablement parce que c’est mal expliqué 😊

Ce dernier point a été déterminant dans la suite de mon parcours.

Tout au long de cette thèse, j’ai pris beaucoup de plaisir à trouver des manières efficaces d’expliquer ma recherche, que ce soit à mes collègues du laboratoire, ou à des chercheurs en conférence, ou même au grand public, via le concours de Ma Thèse en 180s

Il m’a alors semblé que l’on manquait de scientifiques formés à la communication et à la médiation scientifique, capables de partager des informations pourtant capitales pour toute la société ; c’est ce qui a en partie motivé mon après-thèse.


Après la thèse, qu’as-tu fait ?

Pratiquement jusqu’à ma soutenance je pensais poursuivre une trajectoire « post-doc / concours CNRS ou Maître de Conférence ». Pour des raisons personnelles, j’étais malgré tout peu séduit par les étapes considérées comme nécessaires pour cela : plusieurs mobilités de post-doc à l’international, et donc un environnement social à reconstruire sans cesse, sans avoir de garantie sur l’issue ni la promesse d’une rémunération à la hauteur de l’expertise accumulée.

En discutant avec un ami qui avait suivi un parcours symétrique au mien, l’idée de créer un projet qui mettrait nos compétences scientifiques au profit de la sensibilisation aux enjeux climatiques et environnementaux a germé.

4 ans plus tard, ce projet est devenu une entreprise, le Projet Celsius, et aura bientôt créé 4 emplois. Nous intervenons en entreprise, dans l’enseignement supérieur et dans les structures publiques pour former et sensibiliser aux enjeux climatiques et environnementaux. Nous proposons également des prestations de Bilan Carbone, d’Analyse en Cycle de Vie et autres expertises d’impact environnementaux. Et quand nous avons un peu de temps, nous créons également du matériel pédagogique pour permettre d’aborder ces sujets complexes et anxiogènes avec des angles plus ludiques (voir le jeu Carboniq).


Un mot pour la fin ?

Pour celles et ceux qui hésitent à faire une thèse : parlez en autour de vous, contactez un maximum de doctorant.e et docteur.e (linkedin, réseau amical et familial, etc.), les gens sont la plupart du temps contents de parler de leur expérience, vous ne les dérangerez pas ! Et c’est à mon sens comme ça que vous vous ferez la meilleure opinion.

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