Du Secteur Privé à l’Enseignement Supérieur : Le Doctorat, Clé d’un Retour Réussi à l’Université
- Khalil IDRISSI GARTOUMI

- il y a 2 heures
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Merci pour votre témoignage
Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant le doctorat ?
Après l’obtention de mon diplôme, j’ai intégré le monde de l’entreprise avec beaucoup d’enthousiasme. Comme beaucoup de jeunes diplômés, j’étais motivé à l’idée de mettre en pratique mes connaissances et de contribuer à des projets concrets. Pourtant, en seulement deux ans, j’ai changé de poste à trois reprises.
Chaque expérience m’a permis d’apprendre, mais j’ai progressivement ressenti un manque. Le quotidien devenait répétitif, l’innovation était limitée et la qualité des interactions sociales se dégradait. J’avais l’impression de suivre une routine qui ne correspondait pas à mes aspirations profondes. Je cherchais davantage de défis intellectuels, plus de créativité et surtout la possibilité de contribuer à l’avancement des connaissances dans mon domaine.
Qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre vos études pour préparer un doctorat ?
La décision n’a pas été facile. Retourner à l’université signifiait renoncer à une situation financière relativement confortable. Même avec une bourse, mes revenus représentaient moins de 10 % de mon dernier salaire en entreprise.
D’un point de vue rationnel, cela pouvait sembler être un mauvais choix. Pourtant, j’ai compris que certaines décisions ne doivent pas être prises uniquement sur des critères financiers. J’avais besoin de donner un sens différent à ma carrière. Le doctorat représentait l’opportunité de travailler sur des problématiques nouvelles, de développer une expertise approfondie et de participer à l’évolution du génie civil.
J’ai choisi d’investir dans mon avenir plutôt que de rechercher un confort immédiat.
Comment avez-vous vécu les premières années du doctorat ?
Le doctorat exige une assiduité totale. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas simplement de suivre des cours ou d’écrire quelques articles. C’est un engagement quotidien qui demande une discipline constante.
Les journées sont longues. Il faut lire, expérimenter, analyser des données, rédiger, corriger, recommencer et parfois remettre en question plusieurs mois de travail. Il n’y a pratiquement pas de place pour la procrastination.
Ce qui m’a marqué, c’est la nécessité de gérer son temps avec rigueur. Chaque journée compte. Les progrès sont souvent invisibles à court terme, mais ils s’accumulent progressivement. Le doctorat m’a appris à être patient, organisé et persévérant.
Quels ont été les moments les plus difficiles de ce parcours ?
L’attente est probablement l’un des aspects les plus difficiles. Lorsqu’on soumet un article scientifique, plusieurs mois peuvent s’écouler avant de recevoir une réponse. Pendant cette période, on oscille entre espoir et doute.
Je me souviens de nombreuses nuits où je consultais mes courriels avec impatience, espérant une acceptation d’article. Il arrivait aussi de recevoir des refus ou des demandes de révision très exigeantes. Ces moments peuvent être décourageants, surtout lorsqu’on a consacré énormément d’efforts à une recherche.
Le doctorat est un parcours exigeant sur le plan intellectuel et émotionnel. Mais lorsque la passion est présente, elle devient une source d’énergie extraordinaire. La volonté de produire de nouvelles connaissances et d’apporter quelque chose d’utile à son domaine permet de continuer malgré les obstacles.
Qu’est-ce qui vous motivait à persévérer ?
Ma principale motivation était de contribuer au développement du génie civil. Les infrastructures jouent un rôle essentiel dans la vie des citoyens et dans le développement économique des pays. Participer à l’amélioration des connaissances dans ce domaine me donnait le sentiment d’avoir un impact concret.
Chaque avancée, même modeste, représentait une contribution potentielle pour les chercheurs, les ingénieurs et les décideurs de demain. Cette perspective donnait du sens aux sacrifices et aux efforts quotidiens.
Pourquoi avoir choisi la voie de l’enseignement après le doctorat ?
À mes yeux, l’enseignement est l’un des métiers les plus nobles qui existent. Former, accompagner et soutenir les nouvelles générations est une responsabilité exceptionnelle.
Être enseignant ne consiste pas uniquement à transmettre des connaissances. C’est aussi aider les étudiants à développer leur esprit critique, leur confiance en eux et leur capacité à résoudre des problèmes complexes.
J’ai toujours considéré que l’université joue un rôle fondamental dans le progrès de la société. En formant des profils compétents et responsables, nous contribuons au développement du pays et, à plus grande échelle, au progrès de l’humanité.
Que vous a apporté le doctorat sur le plan personnel ?
Bien plus qu’un diplôme.
Le doctorat développe des qualités humaines précieuses : la résilience, la patience, l’autonomie, la discipline et la capacité à gérer l’incertitude. Il apprend à accepter les échecs temporaires et à les transformer en opportunités d’apprentissage.
L’un des moments les plus gratifiants reste la publication de ses travaux dans des revues scientifiques. Voir ses recherches publiées, puis citées par d’autres chercheurs à travers le monde, procure une immense satisfaction. C’est la preuve que des années d’efforts peuvent contribuer à faire avancer les connaissances.
Cette reconnaissance scientifique est difficile à décrire. Elle représente une véritable fierté personnelle et professionnelle.
Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux personnes qui envisagent un doctorat ?
Je leur dirais avant tout de bien réfléchir à leurs motivations. Un doctorat ne doit jamais être entrepris simplement parce que l’on est en attente d’un emploi ou parce que l’on ne sait pas quelle direction prendre.
C’est un parcours qui demande beaucoup de sacrifices. Pour réussir, il faut aimer la recherche, être motivé par la découverte et accepter les périodes de doute.
Avec le temps, les sacrifices finissent par se concrétiser. Les efforts quotidiens produisent des résultats, même lorsqu’ils semblent invisibles au départ. La clé est de rester discipliné, résilient et endurant.
Hier, j’étais doctorant. Aujourd’hui, je suis professeur. Ce parcours m’a appris que les plus belles réalisations demandent souvent du temps, de la patience et une profonde conviction. Lorsqu’on poursuit une voie qui nous passionne réellement, les défis deviennent des étapes vers un objectif plus grand.




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