Le Doctorat, une Odyssée d’Adaptation : Devenir l’Artisan de sa propre Recherche
- Neuman ELOUARIAGHLI

- il y a 3 heures
- 6 min de lecture

Merci beaucoup pour votre témoignage, en français et en anglais.
Version Française
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Pourquoi considères-tu ton doctorat comme une expérience totalement inédite ?
Avant de commencer, on imagine souvent le doctorat comme une simple continuation des études supérieures, une suite logique de l'apprentissage académique. Mais une fois dedans, on réalise que c'est une expérience inédite qui ne ressemble à rien d'autre. C'est une plongée dans l'inconnu où les repères habituels s'effacent. Il faut s’adapter à une nouvelle logique, avec un nouveau « Mindset ». Pour moi, cela a été un véritable choc de méthode et de posture, surtout après une longue expérience professionnelle. On ne consomme plus de l'information mais on doit désormais la produire, la transformer, l’organiser et la défendre. Cette transition exige de redéfinir son rapport au travail, à l'échec et à la réussite. Ce n'est pas seulement un diplôme, c'est une transformation identitaire où l'on devient maître à bord d'un projet complexe.
Comment as-tu géré l'évolution de tes compétences durant ces années ?
Le doctorat m'a demandé une agilité intellectuelle constante. J'ai dû exploiter mes compétences initiales mais surtout les approfondir de manière chirurgicale. Cependant, le plus grand défi a été d'aller chercher de nouvelles compétences, parfois très éloignées de ma formation de base, mais devenues indispensables au projet de thèse.
C’est une formation continue. On se retrouve à devoir maîtriser des outils complexes, des logiciels ou des méthodologies qui ne sont pas forcément « clés en main » ou immédiatement opérationnels. La réalité du terrain, c'est de prendre un outil existant, de comprendre ses limites et de le moduler. J'ai aussi passé énormément de temps à trouver le juste équilibre entre technique, outil, méthode et recherche, pour que le projet puisse s’établir complètement. On devient alors un tacticien de haut vol, capable d’adapter des outils pour les mettre au service d'une question de recherche précise. J’ajouterais qu’il faut également faire preuve d’originalité et de créativité.
Quel est le conseil principal que tu donnerais à un futur doctorant ?
Mon conseil est simple mais crucial : n’ayez pas peur et mettez la main à la pâte dès le premier jour. Dans le monde académique, on a parfois tendance à vouloir tout théoriser, tout prévoir et tout planifier avant de lancer la moindre expérimentation. C'est une erreur. Il faut s'améliorer au fur et à mesure de l'action. Mais l’essentiel est dans l’apprentissage dans l’expérience. Un de mes anciens professeur de l’université de Bourgogne m’avait dit, en licence Science Pour l’Ingénieur : « Il faut apprendre, tant que vous pouvez apprendre. Vous aurez tout le temps de travailler ensuite ».
C'est en se confrontant aux problèmes techniques, en échouant et en recommençant que l'on progresse réellement. Cette approche concrète permet, paradoxalement, de prendre du recul. En mettant « les mains dans le cambouis », on finit par mieux comprendre les rouages internes de son sujet. C'est ce qui donne la légitimité et la clarté nécessaires pour mieux avancer et, finalement, pour pouvoir théoriser avec justesse. La compréhension profonde naît souvent de la pratique répétée.
En quelques mots, comment décris-tu le doctorat ?
Pour moi, le doctorat s'apparente à « des études supérieures de compétition ». C’est un marathon intellectuel où l'on se mesure avant tout à soi-même. On est dans une dynamique où l'on se découvre et où l’on doit constamment se former, évoluer et avancer, car le temps est une ressource limitée et les exigences sont internationales. C’est un long cheminement qui est challengeant à chaque nouvelle étape : de la première revue de littérature à la rédaction finale, en passant par les publications.
Ce qui rend cette « compétition » unique, c’est qu'il n'y a pas deux périodes identiques. On ne s’ennuie jamais car les cycles de travail changent radicalement. Une phase de collecte de données ne ressemble en rien à une phase d'analyse ou de rédaction. On change de métier tous les six mois, ce qui entretient une forme de tension stimulante.
Quel bilan tires-tu de cette expérience sur le plan personnel ?
C’est une expérience incroyablement enrichissante, mais qui bouscule violemment notre confort. Le doctorat demande des sacrifices : de temps, d'énergie et parfois de vie sociale. Mais en contrepartie, il débloque des capacités inestimées et imprévisibles. On se découvre une résilience que l'on n'aurait jamais soupçonnée. On apprend à gérer l'incertitude totale et à rester debout malgré les doutes. C'est cette capacité à rebondir et à s'adapter qui est, selon moi, le plus grand gain de ces années. Le doctorat nous donne les clés pour affronter n'importe quel défi futur, car on sait désormais que l'on peut apprendre n'importe quoi, partir de zéro et devenir expert.
English Version
The PhD Odyssey: Becoming the Architect of Your Own Research
Why do you consider your PhD to be a completely new experience?
Before you start, you often imagine a PhD as simply a continuation of higher education, a logical next step in your academic learning. But once you're in, you realize that it's a completely new experience unlike anything else. It's a leap into the unknown where your usual reference points disappear. You must adapt to a new way of thinking, with a new mindset. For me, it was a real shock in terms of method and attitude, especially after a long professional career. You no longer consume information, but must now produce, transform, organize, and defend it. This transition requires redefining your relationship with work, failure, and success. It's not just a degree; it's a transformation of identity where you become the captain of a complex project.
How did you manage the evolution of your skills during those years?
The PhD required constant intellectual agility. I had to draw on my initial skills, but above all, I had to deepen them in a surgical manner. However, the biggest challenge was to seek out new skills, sometimes very far removed from my basic training, but which became indispensable to my thesis project.
It's a continuous learning process. We find ourselves having to master complex tools, software, or methodologies that are not necessarily “ready to use” or immediately operational. The reality on the ground is that we must take an existing tool, understand its limitations, and adapt it. I also spent a lot of time finding the right balance between technique, tools, methods, and research so that the project could be fully established. You become a high-level tactician, capable of adapting tools to serve a specific research question. I would add that you also need to be original and creative.
What is the main piece of advice you would give to a future doctoral student?
My advice is simple but crucial: don't be afraid and get stuck on day one. In the academic world, there is sometimes a tendency to want to theorize everything, predict everything and plan everything before launching any experiments. This is a mistake. You must improve as you go along. But the most important thing is to learn from experience. One of my former professors at the University of Bourgogne, told me when I was studying for my bachelor’s degree in engineering science: “You must learn while you can. You'll have plenty of time to work later”.
It is by confronting technical problems, failing, and trying again that we truly progress. Paradoxically, this practical approach allows us to take a step back. By getting our hands dirty, we end up with a better understanding of the inner workings of our subject. This is what gives us the legitimacy and clarity we need to move forward and, ultimately, to be able to theorize accurately. Deep understanding often comes from repeated practice.
In a few words, how would you describe a PhD?
For me, a PhD is like “competitive higher education.” It's an intellectual marathon where you compete above all against yourself. You're in a dynamic where you discover yourself and where you must constantly learn, evolve, and move forward, because time is a limited resource and the requirements are international. It's a long journey that is challenging at every new stage: from the first literature review to the final draft, including publications.
What makes this “competition” unique is that no two periods are alike. You never get bored because the work cycles change radically. A data collection phase is nothing like an analysis or writing phase. You change jobs every six months, which maintains a stimulating level of tension.
What conclusions do you draw from this experience on a personal level?
It's an incredibly enriching experience, but one that violently disrupts our comfort zone. A PhD requires sacrifices: of time, energy, and sometimes social life. But in return, it unlocks invaluable and unpredictable abilities. You discover a resilience you never knew you had. You learn to deal with total uncertainty and to stand tall despite your doubts. It is this ability to bounce back and adapt that, in my opinion, is the greatest gain from these years. A PhD gives you the keys to facing any future challenge, because you now know that you can learn anything, start from scratch, and become an expert.





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