Mathilde FIEVEZ, Postdoc, Stanford University


Theses.fr, LinkedIn

Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview.


Pouvez-vous décrire votre parcours ?

Après une prépa scientifique, j’ai intégré l’école Chimie ParisTech pour me former aux diverses facettes de la chimie. J’ai commencé mes études attirée par l’abstraction de la chimie organique. Ma première idée de carrière était de développer des nouveaux médicaments pour l’industrie pharmaceutique. En trois ans, la variété de cours (modélisation, science des matériaux, techniques de caractérisation, physique quantique…) et mes expériences de stages (Australie, Californie) et échanges académiques (Suisse) ont diversifié ma vision de la chimie. J’ai finalement opté pour le domaine des énergies renouvelables et trouvé le sujet qui me passionnait lors d’un stage à Melbourne en master 1. Ma mission après l’école ? Poursuivre ce projet consistant à développer une imprimante à panneaux solaires, un peu comme celle que vous avez chez vous.

Ainsi, j’ai décidé de faire une thèse pour pouvoir développer un prototype de panneaux solaires imprimés. La thèse apporte la flexibilité de poursuivre un rêve ou une idée un peu farfelue comme la mienne à l’époque, mais qui peut s’avérer très prometteuse par la suite. Le sujet étant identifié, je me suis mise ne quête d’un laboratoire qui pourrait m’accueillir. Je suis tombé sur un article de presse sur une start-up singapourienne qui utilisait une technologie similaire pour imprimer des matériaux sur des vitres. Après un message sur LinkedIn et un appel visio, me voilà à discuter des problématiques de visa et d’inscription à une université étrangère. Heureusement, un professeur français de NTU remarque ma candidature et me met en contact avec le CEA Grenoble qui accepte de m’accueillir dans le cadre d’un doctorat en cotutelle.


Que retenez-vous de vos 3 ans de thèse entre Chambéry et Singapour ?

La thèse a été une merveilleuse et périlleuse aventure. Jai eu des opportunités uniques. Désigner des pièces pour mon imprimantes avec un australien et de la faire fabriquer en Chine. Me faire former sur l‘imprimante par une pakistanaise, et former un indien à mon tour. Rédiger un brevet en France et une publication à Singapour. Participer à des conférences pour présenter mes résultats à travers le monde. Tourner une vidéo pour expliquer à des étudiants comment une cellule solaire fonctionne. Chambéry avait un cadre de vie extraordinaire, et j’en retiens une atmosphère de sérénité. Singapour est une ville très multiculturelle et j’en retiens de belles amitiés. Evidement il y eu des moments de doutes, où l’on se bat pour un visa, pour un créneau expérimental, pour ses idées scientifiques. Mais en trois ans, on a la chance d’être exposé à un nombre quasi illimité de situations que l’on peut expérimenter à moindre risque. Et quand cela fonctionne, on se rend compte que ça en valait la peine.


Vous avez fait partie de la Inno Energy PhD School, que cela vous a-t-il apporté ?

Imprimer des panneaux solaires est vite devenu une petite révolution pour l’industrie photovoltaïque. Ainsi, je me suis intéressée au potentiel d’industrialisation de cette technologie par la voie de l’entrepreneuriat. La meilleure façon de savoir si mon idée tenait la route était de la tester auprès d’autres entrepreneurs, et le réseau Inno Energy à Grenoble était au bon endroit au bon moment. J’ai connu ce réseau et l’existence de la PhD School lors de mon premier jour au CEA, en attendant de signer mon contrat dans un couloir de Grenoble. Un jeune étudiant entrepreneur était en première page de la revue hebdomadaire du CEA et il expliquait son parcours. Ce programme permet aux doctorants de compléter les crédits demandés par l’école doctorale par le biais d’ateliers axés sur l’entrepreneuriat en Europe. Ainsi, j’ai rédigé mon premier business plan à Eindhoven (Pays Bas), appris des notions économiques du marché de l’énergie à Grenoble, et participé aux cours de propriété intellectuelle (KTH Suède) et de data science (DTU Danemark) en ligne. Chaque cours m’a aidé pendant ma thèse. Le cours de data science était tellement difficile pour quelqu’un qui ne codait pas en python que j’ai presque abandonné. Au final, il m’a donné envie de collaborer avec des chercheurs dans ce domaine pour incorporer des éléments de machine vision avec mon travail expérimental. C’est un peu une partie de mon identité maintenant : retourner une situation difficile en une sucess story.


Quel poste occupez-vous aujourd’hui et en quoi votre doctorat vous a-t-il été utile ?

Après la thèse, je voulais continuer à rapprocher ma technologie solaire de l’industrialisation. Mon idée initiale était d’intégrer un programme d’entreprenariat à Singapour (Entrepreneur first), mais avec la fermeture des frontières en temps de covid, j’ai vite réalisé que j’aurai été isolée. Mon Plan B était de devenir « intrapreneuse » chez l’industriel photovoltaïque en Californie où j’avais fait un stage. A cause de visas difficiles à avoir à cette période, j’ai dû également renoncé à cette seconde idée. Plan C s’est dessiné lors d’une discussion à une conférence à Singapour en 2019. Un autre groupe dans le monde développait un spray pour panneaux solaires. Le professeur m’avait alors amicalement proposé de venir en postdoc après ma thèse. Je n’avais pas vraiment anticipé que c’était ce qui allait se passer…

En restant dans le domaine académique, je bâtis aujourd’hui sur des qualités, des connaissances, des habitudes développées pendant ma thèse. Mon doctorat m’a été utile car mes anciens collègues sont de futurs collaborateurs. Il m’a formé humainement à partager mes idées clairement dans des langues différentes de la mienne et à trouver ma place dans une équipe interdisciplinaire et interculturelle rapidement. Le doctorat m’a également appris à être patiente, curieuse, et rester ouverte à d’autres idées. Ces qualités me sont utiles tous les jours dans mes interactions à Stanford.


Quels sont vos conseils aux futurs doctorants ?

La thèse, comme la vie, est une aventure où l’on est le seul responsable de ses choix et de ses attitudes. Je conseillerai de faire une thèse pour ceux qui ont envie d’apprendre des nouvelles choses, qui sont ouverts d’esprit, et qui ont l’envie (et le courage) d’aller plus loin là où d’autres ont abandonné. Evidemment une base scientifique, un bon anglais écrit et parlé, une aisance à coder ou à fabriquer des choses pratiques aident tout candidat. Mais ce qui fait la différence c’est la passion pour son sujet (même si on en change en cours de route) et une certaine rigueur à terminer ce que l’on a commencé.