De l’Awalé à la thermodynamique : le parcours atypique d’un doctorant.
- Ignace N°II YAPI

- il y a 1 jour
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3rd year PhD student in engineering sciences |LinkedIn
Ignace, merci beaucoup pour votre témoignage
Pouvez-vous nous parler de votre parcours académique ?
« Un parcours atypique et long pour en savoir plus, je vous invite à me lire jusqu’à la fin »
J’ai débuté mon parcours scolaire à Alépé, une petite ville à 40 km d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. Déjà tout petit, mon père nous emmenait fréquemment dans son village, afin de découvrir notre culture dans un environnement dédié et propice, et dans le but de tisser des liens avec notre grand-mère et arrière-grand-mère. Là-bas, avec mon arrière-grand-mère, j’ai appris le jeu africain nommé Awalé. Un jeu de stratégie qui demande logique, mathématiques, observation et capacité à anticiper et à réfléchir. Et c’est là que mon goût pour les mathématiques a débuté. Après un Bac C option (physique et mathématiques), j’ai été retenu à l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro (INPHB), où j’ai obtenu un DUT (grade licence) en mines et géologie pétrole. À l’issue de cette formation, je n’ai malheureusement pas été retenu pour la passerelle afin d’y poursuivre un cycle ingénieur. Une période très difficile pour moi et ma famille. Ayant le goût pour l’enseignement, je me suis par la suite retrouvé à Alépé, dans ma ville natale, où j’ai enseigné des cours de mathématiques au collège et au lycée pendant 1 année. J’ai vraiment adoré transmettre mon savoir. L’année qui a suivi cette période, j’ai été retenu pour débuter un master double diplôme de l’INPHB et de l’Université Sorbonne Paris Nord en génie des procédés, option ingénierie de la valorisation et gestion des déchets (notamment les déchets miniers et pétroliers). Major de ma promotion, j’ai obtenu une bourse de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire pour achever mon master en France, à l’université Sorbonne Paris Nord. Mon appétence pour la thermodynamique en master, combinée à des questions et curiosités d’enfant (pourquoi le miel coule lentement que l’eau ?), m’a par la suite conduit à effectuer une thèse en thermodynamique et mécanique des fluides au sein du laboratoire où j’ai effectué mon stage de master (le LSPM). La vérité est que ce stage a été une opportunité essentielle qui m’a initié au monde de la recherche, je ne regrette vraiment pas d’avoir fait ce choix.
Pouvez-vous décrire brièvement votre sujet de thèse et les problématiques scientifiques que vous explorez ?
Ma thèse porte sur la modélisation thermo-hydrodynamique des propriétés de transport des fluides, afin d’optimiser les performances de réacteurs et d’échangeurs de chaleur.Je m’intéresse particulièrement à des propriétés comme la viscosité, la conductivité thermique et le coefficient d’autodiffusion. Pourquoi ? Parce que ces propriétés jouent un rôle essentiel dans la compréhension des phénomènes d’écoulement et de transfert de chaleur. J’ai donc développé des modèles basés sur des principes théoriques de la physique statistique et des approches de type théorie des milieux effectifs, capables de prédire ces propriétés dans des fluides complexes, notamment des fluides caloporteurs, par exemple des fluides chargés en particules de tailles nanométriques.
L’objectif étant d’améliorer la conception et l’optimisation de systèmes thermiques et énergétiques comme les réacteurs et échangeurs de chaleur.
Ma thèse est donc un travail multidisciplinaire (complexe) qui s’inscrit à l’interface entre la physique théorique, la thermodynamique et l’hydrodynamique.
Pourquoi avoir choisi de faire une thèse après un double diplôme de master ?
« Simplement parce que j’en veux toujours plus. »
Non, en fait, en regardant mon parcours, je ne pense pas qu’il y ait de mauvais parcours ; tout est une question de persévérance, de rencontres et d’opportunités.
Bien sûr que j’aimais la thermodynamique, bien sûr qu’en master, la plupart de mes camarades de classe me disaient que je serais bon à faire une thèse. Bien sûr qu’enfant, j’avais une certaine curiosité envers des phénomènes physiques simples et une appétence pour les choses compliquées, notamment les mathématiques.
Mais vous conviendrez tout de même avec moi qu’il a fallu que l’opportunité se présente et que le sujet en question réponde à mes attentes, car il s’agit d’un minimum de 3 ans d’une vie. Ce qui est certain, c’est que mon cas a été une révélation ! J’ai eu la chance d’avoir un grand mentor, mon oncle, dont les conseils ont été et continuent d’être précieux, mais j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes et le bon sujet au bon moment. Et tout s’est fait naturellement. L’un des chercheurs qui proposait le sujet a été mon encadrante de stage de fin d’études de master. D’autant plus que l’encadrement, pour ma part, est l’un des critères importants pour faire une bonne thèse, sinon la plus importante. Tout ceci a donc certainement, et non pour le moindre, contribué à la poursuite d’études pour l’obtention du grade de docteur.
Comment vivez-vous l’expérience du doctorat et quels en sont les défis et les moments les plus marquants ?
Le doctorat est la meilleure expérience que j’ai eu durant tout mon cursus scolaire. Une expérience inoubliable marquée par beaucoup de défis, d’accomplissement de soi, de maturité, de bonheur. Il s’agit de 3 années de rythme soutenu, de rigueur dans la planification, dans l’organisation, dans le travail bien fait et j’en passe. Trois années remplies d’incertitudes, d’échecs mais aussi de réussites.
Le doctorat m’a apporté 3 qualités essentielles : l’autonomie, la résilience et la capacité à synthétiser et à transformer des concepts complexes en concepts simples et compréhensibles par tous.
En effet, la participation à des conférences internationales n’était pas fortuite ; elle a développé en moi une capacité à communiquer des idées de manière claire et synthétique, à collaborer avec d’autres chercheurs, et surtout, à découvrir le monde de la recherche autrement.En plus des capacités à communiquer, j’ai développé des compétences oratoires en ayant eu la chance de participer au concours Ma thèse en 180 secondes. D’abord la locale, puis la régionale et pour finir la nationale. Une expérience très enrichissante qui m’a permis de vulgariser mon sujet en des termes simples mais aussi de vaincre le trac de la prise de parole en public.
À travers cet exercice, j’ai compris que rendre la science accessible, c’est aussi encourager les plus jeunes à oser s’exprimer et, pourquoi pas, à envisager une carrière scientifique.La thèse est au-delà d’un simple diplôme ; elle est un vaste champ d’enseignement, de développement personnel et de compétences techniques et scientifiques.
Pour regarder mes prestations lors de la finale locale et régionale, cliquer sur ces liens :
Quelles sont pour vous les qualités nécessaires pour réussir en thèse ?
Je pense que les qualités indispensables pour réussir une thèse, au-delà des aspects techniques, sont la résilience, la persévérance et l’amour du sujet de thèse.
Vous allez consacrer un minimum de trois années à un sujet. C’est le lien que vous aurez avec le sujet qui vous permettra de continuer et d’avancer même dans les moments de doute et d’échec. Alors oui, il faut bien que le sujet vous plaise. Car vous conviendrez avec moi que c’est en aimant ce que l’on fait qu’on le fait bien.
Avez-vous des conseils pour une personne qui hésiterait à se lancer dans une thèse ?
Comme je l’ai dit précédemment, il faut bien aimer son sujet et aussi aimer effectuer de la recherche avant de s’y aventurer. Un stage de recherche PFE est un bon moyen pour s’en imprégner. La motivation est la clé de la réussite. Il faut donc bien connaître ses motivations.
L’encadrement est très important dans le cadre d’un doctorat. Il est donc impératif de plus ou moins se renseigner sur votre équipe de recherche. La relation encadrants-doctorant est donc à ne pas négliger si vous souhaitez préserver votre santé mentale et réussir votre parcours de doctorant en toute tranquillité.
Enfin, il ne faut pas craindre les difficultés : elles font partie intégrante du processus et sont souvent les moments les plus formateurs. Je parle en connaissance de cause.
En bonus, je conseille vivement de pratiquer une ou plusieurs activités sportives ; cela apaise l’esprit tout en développant la résilience et un mental solide.




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