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De la thèse CIFRE à l’enseignement en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles

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    Thomas-David JAYET
  • il y a 16 minutes
  • 4 min de lecture
Thomas-David JAYET
Thomas-David JAYET

Merci pour votre témoignage


Quel est ton parcours avant la thèse ?

Passionné de physique et après avoir réalisé mes classes prépa en MPSI-PSI, j’ai eu la possibilité d’intégrer l’ENS Paris-Saclay. Comme j’avais des facilités en Sciences Industrielles et qu’il me semblait que l’accès à l’emploi dans le privé était plus simple à travers ces sciences appliquées, j’ai décidé de suivre le cursus Saphire (Sciences Appliquées à la Physique et l’Ingénierie pour la Recherche et l’Enseignement). Parmi les différentes colorations proposées en Sciences de l’Ingénieur (Génie Mécanique, Génie Civil, Génie Electrique et Génie Informatique), j’ai choisi de me spécialiser en Mécanique et plus particulièrement en calculs de structures. La  troisième année d’école de préparer et de passer le concours de l’agrégation, c’est une année très difficile mais durant laquelle on prend énormément de recul sur nos études et surtout on apprend que prof c’est un vrai métier avec une vraie expertise ! Enfin ma dernière année de normalien en Master de Recherche en méthodes numériques appliquées à la mécanique m’a ouvert les portes de la thèse en contrat CIFRE avec Safran Ceramics, c’était alors l’occasion pour moi d’élargir mes horizons et de découvrir le monde de la R&D en entreprise.


Pourquoi avoir choisi de faire une thèse CIFRE après avoir obtenu l’agrégation ?

En arrivant à l’ENS, j’avais déjà envie d’enseigner, c’était assez clair pour moi. Mais je ne voulais pas me lancer tout de suite sans avoir vu autre chose. La thèse CIFRE m’a semblé être une super opportunité pour ça : continuer à faire des sciences, mais dans un cadre différent, en lien avec le monde industriel. Il y avait aussi une question de timing. Juste après l’agrégation, je ne me sentais pas totalement prêt à enseigner. Le décalage d’âge avec les étudiants est faible, et je pense que j’avais besoin de gagner un peu en maturité et en confiance pour me sentir vraiment légitime face à une classe. La thèse m’a apporté exactement ça. C’est une expérience où on est souvent confronté à l’incertitude, à des problèmes ouverts, à des choses qui ne marchent pas du premier coup. Ça oblige à persévérer, à s’adapter, et à prendre du recul. Avec le temps, ça construit une vraie assurance, qui est très utile ensuite dans l’enseignement. Et puis, ça m’a aussi permis de mieux comprendre le fonctionnement d’un grand groupe industriel, ce que je ne connaissais pas du tout avant. Aujourd’hui, ça me donne une vision plus complète des débouchés possibles après des études scientifiques et les étudiants en sont très sensibles et reconnaissants !


Avec le recul, que retiens-tu de ton expérience de thèse ?

Le premier truc qui m’a marqué, c’est le changement d’échelle de temps. Pour la première fois, on travaille sur un projet qui dure plusieurs années. Ça oblige à s’organiser différemment, à prendre du recul, et à accepter que tout ne se règle pas en quelques semaines contrairement aux projets scolaires ou même les stages. Il y a aussi l’aspect humain. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la thèse n’est pas du tout un travail solitaire. Les autres doctorants deviennent vite un vrai réseau de soutien. On partage les galères, les réussites, les doutes… et ça crée une ambiance que je n’avais pas retrouvée depuis la prépa. Sur le plan scientifique la thèse m’a vraiment permis de développer mon intuition et ma patience, par exemple j’ai mis un mois à trouver une bête erreur de calcul dans mon code de simulation en Fortran 77 ; en effet 3/2 fait 1 ! J’ai pu me rendre compte de cette erreur grâce à des jeux de tests et mon bon sens physique, mais quelle frustration ! Aujourd’hui, j’arrive beaucoup mieux à sentir si une idée tient la route, si un projet est réaliste, ou au contraire s’il risque de partir dans une direction compliquée. Et surtout, j’ai appris qu’un “échec” peut être un résultat intéressant — ce qui est une leçon assez fondamentale en science.


Quelles plus-values le doctorat t’apportent dans ton métier d’enseignant en CPGE ?

Très concrètement, le doctorat m’a ouvert des portes. À la fin de ma thèse, j’avais le choix entre poursuivre dans la recherche au CEA de Cadarache sur la modélisation des phénomènes de dégradation des pastilles de combustibles nucléaires ou me tourner vers l’enseignement en CPGE. Avoir ce choix, c’est déjà une vraie chance. Dans mon quotidien d’enseignant, ça change aussi beaucoup de choses. Je suis plus à l’aise pour répondre aux questions pointues des étudiants, notamment sur les TIPE, où ils sortent souvent du cadre du cours et ont besoin d’un mentor plus que d’un prof. J’arrive plus facilement à les orienter, à proposer des pistes, ou à les aider à structurer leur réflexion. Il y a aussi une question de crédibilité. Le doctorat apporte une légitimité supplémentaire, surtout auprès des étudiants qui envisagent de faire de la recherche ou des études longues. Ils sont souvent curieux de comprendre à quoi ressemble vraiment le monde de la recherche, et pouvoir en parler concrètement, ça crée un vrai lien. Enfin, ça me permet de proposer des sujets de TIPE plus proches des problématiques actuelles de recherche. Pour les étudiants motivés c’est une super opportunité de découvrir cet univers, et parfois même de valoriser cette expérience dans leurs candidatures à certaines écoles qui recrutent sur dossier, en particulier l’ENS Paris-Saclay et l’ESPCI.

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