Du code à l’avion vert : ce que ma thèse m’a appris sur la complexité, le doute… et le collectif
- Paul SAVES

- il y a 3 heures
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Prix de thèse ISAE-SUPAERO 2024 & Prix Science ouverte de la thèse 2025
Merci beaucoup por votre témoignage
Pouvez-vous décrire votre parcours et ce qui vous a conduit à entreprendre une thèse ?
Mon parcours a commencé par un goût très prononcé pour les mathématiques — leur rigueur, leur élégance, leur capacité à structurer le monde. Mais assez vite, j’ai ressenti le besoin de les confronter au réel.
Le déclic s’est produit lors d’un séjour de recherche à l’Université de Novossibirsk. En travaillant sur l’analyse de signaux et d’images, j’ai réalisé que je ne voulais pas seulement analyser des données, mais aider à prendre des décisions à partir d’elles. Passer du descriptif au prescriptif. C’est cette envie qui m’a conduit vers l’optimisation et, naturellement, vers une thèse. Je voulais travailler sur des problèmes concrets, avec un impact industriel et environnemental réel.
En quelques mots, en quoi consistait votre thèse ?
Ma thèse portait sur la conception d’avions plus sobres énergétiquement. Concevoir un avion, c’est résoudre un gigantesque puzzle multidisciplinaire : aérodynamique, structure, propulsion, consommation… Tout est lié.
Le défi principal est ce qu’on appelle le “fléau de la dimension” : dès que le nombre de paramètres augmente, l’espace des solutions explose. Tester toutes les combinaisons possibles est simplement impossible.
J’ai donc développé des méthodes d’optimisation bayésienne capables d’identifier rapidement les configurations prometteuses à partir d’un nombre limité de simulations. En pratique, cela revient à construire des modèles qui apprennent progressivement où chercher la meilleure solution.
Quels ont été les moments les plus difficiles pendant votre doctorat ?
Le plus difficile n’a pas été uniquement scientifique. Travailler sur des données industrielles sensibles tout en souhaitant publier en open source crée une tension permanente. Comment partager ses outils sans divulguer d’informations confidentielles ? Comment concilier exigence académique et contraintes industrielles ?
ll a fallu apprendre à séparer méthodes génériques et cas d’application, à documenter proprement, à abstraire. C’est un travail moins visible que la publication d’un article, mais fondamental.Et bien sûr, il y a les phases de doute. Les moments où les expériences ne convergent pas, où l’on se demande si l’on est à la hauteur. Avec le recul, ces moments sont formateurs.
Qu’est-ce que la thèse vous a apporté, au-delà des compétences techniques ?
Trois choses essentielles. D’abord, l’autonomie intellectuelle : apprendre à formuler un problème, à identifier ce qui est réellement difficile, à accepter l’incertitude.
Ensuite, la capacité à dialoguer avec d’autres disciplines. Pour que mes travaux soient utiles, j’ai dû apprendre à parler avec des mécaniciens, des informaticiens, des ingénieurs. Cette capacité de traduction scientifique est devenue centrale dans mon parcours.
Enfin, le collectif. Ouvrir mes codes et mes outils m’a permis d’échanger avec des chercheurs que je ne connaissais pas. La recherche devient beaucoup plus stimulante lorsqu’elle est partagée.
Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui hésite à faire une thèse ?
Soyez honnête avec votre motivation. Une thèse est un choix exigeant : il faut aimer chercher sans garantie immédiate de résultat.
Choisissez votre encadrement avec soin. Le sujet est important, mais la relation avec les encadrants l’est tout autant ; sinon plus.
Enfin, n’attendez pas la perfection pour montrer votre travail. Publier un code imparfait, poser une question en conférence, partager une idée encore fragile — c’est ainsi que l’on progresse.




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