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Industry or Academia ? Les deux, mon capitaine !

  • Photo du rédacteur: Yahya LAMRANI
    Yahya LAMRANI
  • il y a 1 heure
  • 3 min de lecture
Yahya LAMRANI
Yahya LAMRANI Docteur - Expertise & Recherche

Merci beaucoup pour votre témoignage


Pouvez-vous décrire le parcours qui vous a mené jusqu’au doctorat ?

Mon parcours vers la recherche ne relevait pas d’un plan de carrière parfaitement défini. À Centrale Paris, j’appréciais la diversité des enseignements mais je ressentais parfois une certaine frustration : la formation était extrêmement riche, mais aussi très généraliste. J’avais envie d’approfondir un sujet, de comprendre les mécanismes derrière les phénomènes plutôt que de simplement les utiliser.

Une première étape décisive a été un double diplôme à la RWTH Aachen en Allemagne. J’y ai découvert une autre approche de l’ingénierie, plus spécialisée, et surtout le monde de la recherche scientifique. Cette expérience m’a permis de comprendre ce que signifiait produire des connaissances et pas seulement les appliquer.

Par la suite, j’ai également découvert la R&D en France pendant mon stage de fin d’études. C’est probablement à ce moment-là que j’ai compris que l’opposition entre industrie et recherche était largement artificielle. Les questions les plus intéressantes se trouvent souvent à leur frontière.

J’ai finalement été « accroché » par un sujet de recherche particulièrement stimulant : une question scientifique suffisamment complexe pour occuper plusieurs années, mais suffisamment concrète pour conserver un lien avec les enjeux industriels. Le doctorat s’est alors imposé comme une évidence.


Que retenez-vous de votre expérience en thèse ?

La première idée que j’aimerais partager est que la thèse n’est pas une aventure solitaire : on imagine souvent le doctorant seul devant son écran ou ses équations. En réalité, l’équipe d’encadrement joue un rôle déterminant. Avec le recul, je dirais même que la qualité des encadrants est au moins aussi importante que le sujet lui-même. Les discussions, les remises en question, les conseils sont essentiels pour traverser les moments de doute.

Paradoxalement, il est aussi important de préserver des moments de solitude intellectuelle. La thèse est l'occasion d'apprendre à écouter sa propre curiosité, à identifier les questions qui nous semblent vraiment importantes et à avancer sur ces sujets sans se laisser guider uniquement par les attentes ou les opinions extérieures. Trouver le bon équilibre entre accompagnement et autonomie fait partie intégrante de l'apprentissage.

La thèse est aussi une expérience intellectuelle unique. C’est probablement l’une des rares occasions dans une carrière où l’on peut consacrer plusieurs années à aller au bout d’une question scientifique.  J’ai commencé mon doctorat en espérant répondre à une question précise. J’en suis sorti avec la conviction que mes travaux n’avaient pas totalement tranché cette question initiale, mais qu’ils avaient permis de poser de meilleures questions. Je n’en suis pas moins satisfait ; au contraire, c’est peut-être ce qui rend la recherche si passionnante. C’est une expérience profondément enrichissante qui apprend l’humilité face à la complexité du réel.

Enfin, le doctorat permet d’intégrer une communauté internationale assez particulière : celle des personnes qui se passionnent pour les mêmes problèmes que vous. Et puis il existe ces moments assez rares mais mémorables où l’on rencontre quelqu’un qui travaille exactement sur le même sujet de niche, qui s’est posé les mêmes questions et rencontré les mêmes difficultés, alors même qu’il a avancé de son côté, à l’autre bout du monde, de façon totalement indépendante. Ces rencontres sont toujours frappantes et rappellent que l’on participe à une aventure collective bien plus vaste que son propre sujet de thèse.


Après votre thèse, quel a été votre parcours ?

Après ma thèse, j’ai choisi de poursuivre dans la R&D industrielle. Cette transition m’a permis de voir comment certaines idées explorées pendant le doctorat pouvaient être développées, adaptées et appliquées à des problématiques concrètes.

J’ai également eu la chance de conserver un lien fort avec le monde académique en co-encadrant de nouveaux travaux de recherche. Cette expérience m’a permis de rester au contact des questions scientifiques fondamentales tout en élargissant progressivement mon horizon au-delà du périmètre de ma propre thèse.


Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le doctorat ?

Avec le recul, je considère le doctorat comme bien plus qu’une spécialisation scientifique.

C’est une école de la curiosité, de la persévérance et de l’humilité intellectuelle. On y apprend que les réponses les plus intéressantes soulèvent souvent de nouvelles questions. On y apprend aussi à travailler collectivement, à défendre ses idées tout en acceptant qu’elles puissent être remises en cause.

Je reste convaincu que les docteurs ont toute leur place aussi bien dans le monde académique que dans l’industrie. Leur valeur ne réside pas seulement dans leur expertise technique, mais dans leur capacité à aborder des problèmes nouveaux avec méthode, recul et créativité.

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