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De la thèse à mes choix d’aujourd’hui

  • Photo du rédacteur: Véronique PIDOU-BRION
    Véronique PIDOU-BRION
  • il y a 2 heures
  • 4 min de lecture
Véronique PIDOU-BRION
Véronique PIDOU-BRION

Merci beaucoup pour le témoignage.

 

Tu as soutenu ta thèse en physique dans le domaine de l’imagerie médicale en 2013. Quel a été ton cheminement depuis ?

J’ai réalisé une thèse sur la correction du bruit dans les images d’imagerie par résonance magnétique (IRM) au CEA de Saclay, à NeuroSpin. Mon doctorat en poche, j’ai souhaité travailler en tant qu’ingénieur de recherche dans le privé, dans le domaine du traitement des images, dans la continuité de ma thèse. Je souhaitais poursuivre cette approche d’analyse et d’expérimentation sur des thématiques liées à l’imagerie et valoriser mes acquis du doctorat. Je suis également ingénieur, mais je souhaitais étudier des  problématiques non encore résolues demandant de la recherche bibliographique, de la créativité et des plans d’expérience plus fournis que dans le cas de l’ingénierie. Le doctorat m’avait ouvert ce champ et je voulais poursuivre dans cette voie. J’ai d’abord travaillé pendant 2 ans dans le pôle « recherche » d’une petite entreprise sur des images de matériaux, dans le domaine du contrôle non destructif (CND). J’ai connu l’enthousiasme de travailler sur l’élaboration de systèmes innovants d’acquisition d’images et de signaux, puis sur leur traitement jusqu’au montage et jusqu’à la démonstration de l’ensemble chez le client. J’ai ensuite intégré Safran, grand groupe dans l’aéronautique et la défense. J’ai travaillé sur le traitement d’images de pièces d’avion, notamment des aubes fabriquées en matériaux composites. J’y voyais des liens avec ce que j’avais étudié en thèse : les enchevêtrements de fibres des matériaux composites me rappelaient les faisceaux de fibres de la substance blanche du cerveau inférés par IRM. Après quelques temps au sein de Safran, j’ai eu la chance de développer un outil de segmentation du tissage de l’intérieur des aubes. Il s’agissait de créer un outil de génération d’un jumeau numérique en 3D du matériau, au plus près de sa réalité de fabrication et cela me faisait rêver.

 

Aujourd’hui, en 2026, soit 13 ans après ton doctorat, tu travailles au service de la protection de la nature, sur des enjeux liés à l’eau, dans un Parc Naturel Régional. C’est très éloigné de la recherche en traitement d’images! Pourquoi cette bifurcation professionnelle ?

En 2017, j’ai vu le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent. J’ai peu à peu pris conscience du dérèglement climatique et des problèmes systémiques qui allaient advenir et advenaient déjà. J’écoutais plusieurs lanceurs d’alerte, dont Jean-Marc Jancovici et tout cela m’interpellait. J’avais le sentiment lancinant de ne pas investir mon énergie au bon endroit, c’est-à-dire à l’encontre de ce qui me semblait de plus en plus prioritaire. Mais, je travaillais sur des projets intellectuellement stimulants auprès de collègues super chouettes et dans un grand groupe avec tous les avantages qui vont avec (un CDI avec un très bon salaire, le restaurant d’entreprise, la mutuelle et la prévoyance…). Je suis de nature prudente et j’avais donc cherché tous ces avantages ; le doctorat m’avait permis de les avoir !

Même si j’évoquais chaque semaine avec mes collègues le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité, - nous étions d’ailleurs plusieurs à être sensibles à ces sujets -, il était difficile pour moi de quitter mon environnement professionnel.

Cependant, en parallèle, professionnellement, je n’entendais parler progressivement plus que de l’intelligence artificielle (IA), et notamment des réseaux de neurones profonds (deep learning). Je pouvais de moins en moins en faire l’impasse car ces techniques peuvent aboutir à des résultats qui surpassent de loin les méthodes plus conventionnelles. J’ai eu beau me former au deep learning et y travailler, cela ne m’inspirait pas. Je ne trouvais pas cela beau. Je ne ressentais pas cet élan de créer quelque chose de bien construit, bien pensé, avec le moins possible de briques et le plus possible de robustesse, comme c’était le cas avec les techniques antérieures. En plus, j’avais du mal à suivre le rythme frénétique des avancées dans le domaine. Cela m’a ouvert la porte de la bifurcation professionnelle : j’ai candidaté à un mastère d’un an spécialisé en politiques publiques et stratégies pour l’environnement pour travailler ensuite à protéger la nature face à la pression qu’elle subit.

 

Quel est ton poste actuel et en quoi ton doctorat t’est-il utile ?

Je suis aujourd’hui chargée d’études en ruissellement et en hydrologie. J’analyse des situations d’inondations et j’aide à mettre en place des solutions inspirées du fonctionnement de la nature (talus, mares…). En plus de la partie technique du poste, la dimension d’analyse humaine est tout aussi, voire plus importante car il s’agit d’un travail de territoire avec diverses parties prenantes (agriculteurs, élus, habitants, gestionnaires forestiers…). Je ne suis pas hydrologue de formation, mais mon cursus à la fois d’ingénieur et de chercheur m’a permis d’ouvrir ces portes. Le doctorat, en particulier, développe une forme de curiosité et d’ouverture au monde. Par exemple, j’ai suivi des cours en sciences sociales lors du mastère ; et, alors que je n’avais jamais fait de sciences sociales auparavant, j’ai tout de suite éprouvé un grand intérêt pour cette matière. Les qualités de ténacité, de rigueur et de patience développées pendant la thèse sont fort utiles, y compris face à des situations humaines et stratégiques complexes que je rencontre aujourd’hui sur le terrain. Les capacités de méta-analyse scientifique aident aussi pour une analyse de dynamiques d’acteurs. Enfin, mon envie de créer, à la base de ma motivation en thèse, prend ici tout son sens : je participe à façonner un nouveau paysage, plus résilient face à l’urgence climatique (tempêtes de plus en plus violentes, sécheresses des sols, méga-incendies…). Comme lorsqu’en thèse (et après) je faisais face à un problème difficile où je cherchais tous les indices sur lesquels m’appuyer pour le résoudre, je pousse aujourd’hui une réflexion analogue mais ancrée sur un territoire concret et vivant, avec toute la complexité humaine que cela suppose.

 

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