De l’école d’ingénieurs au doctorat : mon parcours dans la recherche en télécommunications


Merci beaucoup pour votre témoignage
En quoi consiste votre thèse en quelques mots ?
Ma thèse porte sur l’optimisation de l’allocation des ressources dans les réseaux 5G, en particulier dans le contexte des smart grids, c’est-à-dire les réseaux électriques intelligents.
Dans un réseau 5G, tous les utilisateurs et tous les services n’ont pas les mêmes besoins. Certains vont surtout avoir besoin d’un débit élevé, par exemple pour transmettre beaucoup de données, tandis que d’autres applications ont besoin d’une communication extrêmement rapide et fiable, avec très peu de délai. C’est notamment le cas de certaines communications critiques dans le domaine de l’énergie.
Mon travail consistait donc à étudier comment répartir au mieux les ressources disponibles du réseau entre ces différents types de services, afin de respecter leurs contraintes tout en utilisant efficacement la capacité du réseau.
Pour cela, j’ai travaillé sur plusieurs approches, notamment la modélisation mathématique, la simulation, le machine learning et l’intelligence artificielle. L’objectif final était de proposer des méthodes capables d’adapter l’allocation des ressources selon les besoins du réseau et des utilisateurs, tout en garantissant un niveau de performance suffisant pour les communications les plus critiques.
Pourquoi avez-vous décidé d’effectuer une thèse ?
Durant mon diplôme d’ingénieur en informatique et communication, j’ai eu la chance d’effectuer plusieurs stages dans des environnements très différents, aussi bien en entreprise que dans le milieu académique et la recherche. Au fil de ces expériences, je me suis rendu compte que j’étais particulièrement attirée par la recherche.
C’est ce qui m’a poussée à réaliser mon stage de quatrième année, puis mon projet de fin d’études, en recherche, en collaboration avec Inria et l’Université Paris-Saclay. Ces expériences m’ont permis de rencontrer et de travailler avec des docteurs et des doctorants, et ainsi de découvrir plus concrètement leur quotidien et le monde de la recherche.
C’est finalement au cours de mon projet de fin d’études que j’ai décidé de postuler à une thèse CIFRE à Télécom Paris, en collaboration avec EDF R&D. Cette thèse s’inscrivait naturellement dans la continuité de mon parcours et de mon intérêt pour la recherche en télécommunications.
J’ai également grandi dans un environnement familial où la recherche et le doctorat sont très présents : mes deux frères, ma belle-sœur ainsi que plusieurs de mes cousins sont docteurs ou doctorants. Cela m’a donné l’opportunité d’échanger avec eux sur leur expérience, de mieux comprendre ce qu’impliquait une thèse, aussi bien dans ses aspects positifs que dans ses difficultés, et donc de savoir davantage à quoi m’attendre avant de me lancer à mon tour.
A-t-il été compliqué de concilier vie de recherche et vie personnelle ?
J’ai eu la chance d’être très bien entourée durant mes trois années de thèse, aussi bien du côté de Télécom Paris que d’EDF. Le passage du statut d’étudiante en école d’ingénieurs à celui de doctorante n’a cependant pas été évident au début.
Du côté académique, mon directeur de thèse m’a beaucoup aidée à changer ma façon de voir les choses et à comprendre que je travaillais désormais avec des collègues, et non plus une étudiante avec ses enseignants, même si certains avaient évidemment beaucoup plus d’expérience et d’ancienneté que moi.
Du côté de l’entreprise, notamment au début de ma première année, j’avais tendance à rester de longues heures au bureau le soir, un peu comme je le faisais auparavant lorsque je devais réviser pour des examens en école d’ingénieurs. Mon manager chez EDF m’a aidée à prendre du recul, à mieux organiser mon temps et surtout à comprendre l’importance de savoir s’arrêter et se reposer lorsque c’était nécessaire.
Avec le temps, j’ai donc appris à trouver un meilleur équilibre entre mon travail de recherche et ma vie personnelle. Cela m’a permis de mener mes trois années de thèse jusqu’au bout tout en conservant une vraie vie en dehors du doctorat.
Les femmes sont sous représentées dans le domaine du STEM (Science-Technology-Engineering-Mathematics), comment s'est déroulé votre doctorat ? Et dans le milieu professionnel ?
Durant mon parcours en école d’ingénieurs, les femmes étaient clairement minoritaires. Elles représentaient moins de 20 % de ma promotion et, dans ma classe, nous n’étions que deux étudiantes.
Pendant ma thèse, j’ai cependant constaté une présence féminine plus importante, même si l’équilibre était encore loin d’être parfaitement paritaire. Mon comité de suivi individuel comptait notamment deux femmes du domaine, ma co-directrice de thèse était également une femme, et une part importante de mes collègues du côté industriel étaient des femmes.
Personnellement, durant mon doctorat, je n’ai jamais eu le sentiment d’être traitée différemment des doctorants hommes, que ce soit dans le milieu académique ou industriel. Je sais néanmoins que les femmes peuvent encore être confrontées à des situations de sexisme ou à des biais dans certains environnements professionnels et scientifiques.
Dans mon cas, j’ai eu la chance d’évoluer dans des équipes où je me suis sentie respectée, soutenue et considérée avant tout pour mon travail et mes compétences. Cette expérience m’a donc permis d’évoluer dans le domaine des STEM sans ressentir de frein particulier lié au fait d’être une femme.




Commentaires