La thèse : un tremplin professionnel par et pour la recherche
- Jeoffrey TOURNEUR

- 6 févr.
- 3 min de lecture

Prix de thèse 2023- Fondation Université de Rennes
Merci beaucoup pour votre témoignage.
En quoi consiste ta thèse en quelques mots ?
L’objet de ma thèse était de répondre à une question exploratoire. L’impression 3D métallique présente-t-elle un intérêt technique/scientifique dans le cadre de la fabrication d’électrodes pour l’électrolyse de l’eau ? Pendant trois ans, nous avons ainsi défini des protocoles de fabrication et d’analyse adaptés à ces électrodes pour les comparer aux électrodes traditionnelles. Ces protocoles se sont déroulés à l’échelle laboratoire, avec un objectif d’application, tout en étant dans l’échelle des TRL au niveau 3 de la preuve de concept académique.
Pourquoi une thèse CIFRE ?
La question de faire ou non une thèse me taraudait depuis mes études entre l’Université Paris-Sud et l’ENS Paris Saclay. L’immersion dans la recherche était certainement la clef qui a favorisé cette question. Mais c’est vraiment lors de mon dernier stage de recherche de Master 2 que c’est devenu une évidence. L’année suivante, je passais l’agrégation, et l’opportunité d’une thèse CIFRE s’est présentée sur un sujet et dans un laboratoire ou je me sentais bien. Au lieu de redoubler le concours, j’ai signé pour faire une thèse. La CIFRE a donc plus été une question d’opportunité qui s’est présentée au bon moment. J’ai aussi vu cette opportunité comme un moyen d’intégration facilité sur le marché de l’emploi après une thèse, qui préservait les options académiques et industrielles pour mon avenir.
A-t-il été compliqué de concilier vie de recherche et vie personnelle ?
Il faut savoir être très organisé durant sa thèse. J’ai toujours pensé qu’il vaut mieux prendre du recul et reprendre plus tard que de s’acharner pour au final produire encore moins et en étant moins bien. Si la thèse avait été un simple emploi, cette assertion aurait été très simple à respecter. La thèse est aussi un projet d’étude et un projet personnel. Un projet passion, dans lequel on a envie de s’investir. Un projet ou il est normal et attendu d’aller au-delà d’un contrat de travail. La difficulté est alors plus de se contraindre soi-même à mettre des barrières, qui sont bien nécessaires. C’est une bonne expérience de contrôle. La thèse est une forme d’accouchement sur 36 mois : l’enfant pèse des centaines de pages dont il faut assurer la qualité du contenu qui doit être original.
Qu’est-ce que la thèse t' a apporté ?
Si mes études avant la thèse m’ont appris à m’organiser de manière très précise avec une anticipation très rigoureuse, la thèse m’a appris à prendre du recul, de l’autocritique et de la critique. La rigueur scientifique, la prise de recul, et l’analyse réelle de données sont les apports principaux de la thèse, bien au-delà du sujet et de l’expertise, pour affronter des situations difficiles. Pendant une thèse, on est lâché face à un projet avec un directeur de thèse qui nous mentore progressivement vers une autonomie rigoureuse, dans des environnements très flexibles, aux frontières de la connaissance. Il faut donc être déjà très autonome, tout en fonctionnant dans un cadre sensé, mais désormais prendre un vrai recul sur ce qu’on fait, pour repousser ces frontières sans commettre d’erreurs. Chaque détail compte, et il faut prendre un recul important sur des itérations d’essais-erreur et de points de méthode, avec des phases d’échange et de critique importantes. Un autre apport est la clarté des reportings (publication, soutenance, réunions). Synthétiser 3 ans en 45 minutes et 200 pages demande un effort réel et précis. La communication claire, précise, concise, basée sur des preuves méthodiques et un travail autonome sur un sujet très complexe, avec prise de recul, est donc une des garanties que l’on a avec un docteur.
Comment se préparer lors de sa thèse à la vie professionnelle en entreprise ?
Il ne faut surtout pas s’isoler. Il faut absolument, dès le milieu de thèse, penser la suite. La suite n’est pas forcément un postdoc à l’étranger. Le panel des possibles est bien plus large qu’on ne le pense, à condition de penser compétences, et de ne pas valoriser uniquement une expertise de niches. La recherche académique est loin d’être le seul avenir comme on aime l’entendre, et le docteur dispose via sa prise de recul d’une capacité à tout apprendre très vite, tout en étant capable de le critiquer. Il est donc important d’y consacrer du temps, malgré toute l’urgence que l’on met dans son travail scientifique. C’est-à-dire profiter de services de l’APEC par exemple, de bilans de compétences, de rencontres tant en congrès que dans des forums ou journées/salons professionnels du secteur privé. Bénéficier d’une immersion industrielle est un grand plus pour en maitriser les codes et les défis, très différents du laboratoire. C’est le moment de questionner ses souhaits et sa personne pour trouver le bon chemin. Les actes de valorisation de la thèse (prix, publications, communications scientifiques ou générales) sont aussi des moments importants pour vendre son travail et se faire connaitre.




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