J’ai peint des murs avant de les casser. Volontairement.
- Louis COLLIN

- il y a 3 heures
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Merci beaucoup pour votre témoignage.
Ça te paraît absurde ? Moi aussi, je l’aurais pensé avant de commencer ma thèse. Et pour être honnête, ni moi ni mes encadrants n’avions imaginé que mon travail prendrait cette tournure. Alors comment en suis-je arrivée là ? Et surtout, quels enseignements j’ai-pu tirer de cette expérience ? Je t’explique.
J’ai réalisé une thèse académique en Génie Civil au LMPS, en partenariat industriel avec EDF R&D. Mon sujet : déterminer, à la fois expérimentalement et numériquement, la résistance sismique de cloisons en maçonnerie renforcée.
Choisir entre thèse académique ou CIFRE?
Avant même le début de la thèse, j’ai dû choisir entre thèse académique et CIFRE car les deux financements étaient envisageables. Pour valider mon stage d’agrégation, j’ai choisi la thèse académique avec la possibilité de mener des missions d’enseignement sur mes 3 années.
Le partenariat industriel avec EDF m’a cependant permis de travailler sur une problématique concrète, avec un besoin réel en ingénierie. C’est extrêmement stimulant de savoir que ses travaux ont une application directe. Ce partenariat m’a permis de m’immerger dans un environnement de R&D, d’en comprendre les contraintes et les logiques — et d’y travailler désormais. Le revers de la médaille ? Accepter que certaines orientations prennent du temps à être définies. En partenariat, les décisions se construisent à plusieurs : il faut discuter, argumenter, parfois attendre. Cela peut sembler frustrant, mais l’alignement finit toujours par se faire — et il renforce l’intérêt scientifique du projet.
Bien traverser le “désert” de la première année ?
La première année a été rude. On parle parfois de « désert » : j’ai vraiment eu le sentiment de le traverser. À la fin de cette période, j’avais l’impression d’avoir fait du surplace. Beaucoup de bibliographie. Encore de la bibliographie. Des modèles numériques capricieux. Des réunions où je me demandais si j’avais réellement ma place en doctorat. Bref, ce n’était pas l’année la plus brève. Et pourtant, sans m’en rendre compte, je construisais — à tâtons — les fondations de la suite. Avec le recul, je comprends que cette année, aussi inconfortable soit-elle, a été déterminante, notamment pour identifier ce dont j’avais réellement besoin pour avancer.
👉 Mon premier conseil : ose exprimer tes besoins.
N'aie pas peur d’être proactif dans ton encadrement en proposant des réunions et en suggérant des pistes de recherche. Ose aussi poser des questions, même celles qui te semblent « idiotes ». La thèse n’est pas un cadre figé : c’est un espace que tu peux coconstruire pour t’y sentir légitime et efficace.
Créer une synergie autour de sa problématique ?
Tout s’est accéléré pour moi en deuxième année. C’est le lot des thèses expérimentales : préparer les essais demande (beaucoup) de temps. Mais lorsque les premiers essais démarrent, après plus d’un an de préparation, la satisfaction est immense. Les campagnes expérimentales exigent minutie et coordination. Les échanges avec les techniciens sont essentiels : les essais, c’est un vrai travail d’équipe. Une opportunité inattendue a également marqué cette période en intégrant une méthode de mesure qui n’était pas prévue initialement (la corrélation d’images multivue et multiéchelle), en m’appuyant sur l’expertise d’une autre équipe du laboratoire. Cette ouverture a donné une dimension supplémentaire à mes travaux.
👉 Mon deuxième conseil : crée des ponts.
Tu as le droit (même le devoir) d’être curieux, en allant vers d’autres chercheurs, d’autres équipes. Les échanges transverses donnent à la thèse une originalité particulière et enrichissent énormément le projet. Je craignais souvent de déranger, j’ai toujours été bien accueilli et encouragé.
Conclure la thèse ?
La troisième année sonne déjà l’heure du bilan. Il faut conclure les études, rédiger le manuscrit, préparer la soutenance… tout en réfléchissant à l’après-thèse. Le partenariat industriel a été une vraie opportunité en me permettant de construire progressivement mon projet professionnel au sein de la R&D et d’aborder l’avenir avec sérénité. La dernière année a quand même été un marathon — intense mais exaltant. Voir les résultats prendre forme, rédiger les premières publications, structurer le manuscrit et réaliser que même la première année avait toute sa place dans l’histoire… C’est extrêmement gratifiant. Un des plus beaux moments restera la lecture des rapports et les échanges lors de la soutenance : pouvoir partager en profondeur trois années de travail est une expérience forte et marquante.
👉 Mon troisième conseil : fais confiance au process.
Chaque thèse est unique. Certaines permettent de publier dès la première année. D’autres, comme les thèses expérimentales, nécessitent un temps long avant que les résultats émergent — souvent d’un coup. Se comparer peut-être source d’inquiétude. Mieux vaut avancer à son rythme, avec constance.
En conclusion
La thèse est une expérience professionnelle unique. Elle développe des compétences scientifiques, bien sûr, mais aussi des capacités d’autonomie, de collaboration et de confiance en soi. Les séminaires, les conférences, les retours de spécialistes sont autant de jalons pour mesurer le chemin parcouru. On ne sait jamais exactement dans quoi on s’embarque en commençant une thèse. Et c’est aussi ce qui en fait le charme.
Oui, j’ai peint des murs avant de les casser. Tout en les photographiant.
Et finalement, c’était parfaitement logique.
Et si tu veux en savoir plus sur Youtube




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