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Quand l’ingénierie rencontre les sciences humaines : itinéraire d’une thèse pluridisciplinaire au cœur de l’industrie circulaire

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    Maxence DENU
  • il y a 6 heures
  • 4 min de lecture
Maxence DENU
Maxence DENU

Prix de thèse interdisciplinaire de l’Université Grenoble Alpes

Merci beaucoup pour votre témoignage


Pouvez-vous retracer le parcours qui vous a conduit à entreprendre une thèse ?

La thèse n’était pas une évidence au départ. En deuxième année d’école d’ingénieur, j’ai eu une première initiation à la recherche en parallèle de mon double diplôme avec Sciences Po Grenoble. J’avais réalisé un Travail d’Étude et de Recherche, mais je n’étais pas prêt à m’engager dans une thèse à ce moment-là. J’étais décidé à poursuivre directement en industrie, et l’idée de la thèse restait abstraite.

C’est mon stage de fin d’études à la RATP qui a tout changé. J’y ai découvert concrètement ce qu’est l’économie circulaire, comment elle s’applique dans un contexte industriel réel, avec ses contraintes et ses enjeux. En parallèle, j’ai participé à une école d’été sur ce sujet, qui m’a ouvert à la dimension académique du domaine. Et au même moment, une proposition de thèse est arrivée, portée par mon futur encadrement, sur un sujet à l’exact croisement de tout ce qui m’intéressait. Après avoir minutieusement réfléchi, j’ai pu mettre en avant les avantages d’une thèse et j’en ai conclu qu’elle ne pourrait être qu’un atout malgré l’investissement de trois années. Toutes les planètes se sont alignées, et j’ai franchi le pas.


En quoi consiste votre thèse en quelques mots ?

Ma thèse portait sur l’utilisation des technologies digitales (dites de l’industrie 4.0 ou 5.0) pour améliorer les systèmes de production industriels centrés sur l’économie circulaire (remise à neuf de produits de seconde main), en plaçant l’opérateur au centre de la démarche. Concrètement, j’ai travaillé sur des technologies (comme les robots collaboratifs ou l’intelligence artificielle) pour comprendre ce qu’elles apportent vraiment dans le travail réel des opérateurs, et dépasser les promesses des fabricants.

Cette thèse a adopté une vision systémique et pluridisciplinaire, à la croisée de l’ingénierie des systèmes de production, des sciences humaines et sociales, et de l’économie circulaire. Elle a été menée en lien étroit avec des industriels, et s’est appuyée sur des expérimentations en laboratoire avec plus d’une cinquantaine de participants. Ce n’était pas une thèse purement théorique : à chaque étape, l’objectif était de produire des résultats opérationnalisables, utilisables directement par des entreprises. Cette approche pluridisciplinaire et l’impact concret des travaux ont par ailleurs été récompensés par un prix de thèse interdisciplinaire de l’Université Grenoble Alpes, ce dont je suis plutôt fier.


Quels ont été les éléments importants pour le succès de votre thèse ?

Le premier élément, et probablement le plus déterminant, c’est l’encadrement. J’avais trois encadrants aux profils complémentaires (en génie industriel et en ergonomie / psychologie du travail) et j’ai eu la chance de les connaître avant de commencer la thèse, en tant qu’étudiant. La confiance était déjà là. Ils m’ont laissé de la liberté pour explorer, tout en étant présents à chaque moment important, avec des conseils concrets et un vrai soutien. Ce n’est pas un détail : c’est l’environnement dans lequel vous travaillez pendant trois ans qui fait la différence.

Le deuxième élément, ce sont les rencontres. Des chercheurs d’autres disciplines, des industriels, des participants aux expérimentations : chacun a apporté quelque chose à mes réflexions. C’est grâce à ces échanges que j’ai pu, entre autres, coécrire un livre : « Façonner une industrie circulaire robuste par le Lean 4R et la Pérénnité Programmée Circulaire » avec Alain Fercoq (consultant et responsable de master aux Arts et Metiers) et Christian Bruere (entrepreneur et créateur de la Pérennité Programmée Circulaire) paru aux éditions EMS en avril 2026, une opportunité que je n’aurais jamais anticipée en démarrant la thèse.

Enfin, j’ai investi du temps pour vulgariser mes travaux sur LinkedIn. Ça m’a forcé à clarifier mes idées, à les rendre accessibles au-delà du cercle académique, et ça a contribué à construire une visibilité qui a ouvert des portes concrètes.


Qu’est-ce que la thèse vous a apporté concrètement ?

Sur le plan académique, la thèse a donné lieu à quatre publications dans des journaux internationaux et quatre communications en conférences internationales, en génie industriel comme en sciences humaines et sociales, ce qui reflète bien la dimension interdisciplinaire des travaux. J’ai aussi présenté mes recherches lors de plusieurs conférences nationales, et obtenu un prix de thèse de l’Université Grenoble Alpes.

Mais ce que je retiens surtout, c’est ce qui s’est construit autour. Les rencontres faites pendant la thèse ont directement rendu possible la coécriture d’un livre publié aux éditions EMS en 2026. Je suis membre fondateur d’une association dédiée à la Pérennité Programmée Circulaire, et je participe régulièrement à des événements nationaux comme SIDO ou Global Industrie. Aujourd’hui, je suis en entreprise, dans un domaine lié à mes travaux. Je continue par ailleurs à intervenir fréquemment à des événements sur l’économie circulaire, et à m’engager dans l’association pour la Pérennité Programmée Circulaire. Le réseau et la légitimité construits pendant ces trois ans ont largement structuré ce qui a suivi.


Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer dans une thèse ?

Je donnerais deux conseils principaux, qui me semblent plus importants que tout le reste.

Le premier : choisissez bien votre sujet, mais choisissez encore mieux votre encadrement. Ce sont les personnes qui vous accompagnent qui créent l’environnement dans lequel vous allez travailler pendant trois ans. Un bon encadrement ne garantit pas que tout sera facile, mais il permet d’avancer sans stress inutile, avec un filet de sécurité à chaque étape. Avant de vous engager, prenez le temps de contacter d’anciens doctorants de l’équipe. Soyez attentif à votre ressenti lors des premiers échanges. Dans mon cas, je connaissais déjà mes encadrants : la confiance était installée avant même de commencer, et ça a compté énormément.

Le second conseil : travaillez moins, travaillez mieux. La quantité n’est pas synonyme de qualité en recherche. Prenez le temps de bien cadrer votre projet dès le départ, d’identifier les risques tôt, de faire des boucles courtes pour apprendre vite, et donc échouer vite, pour corriger rapidement. La perfection n’existe pas, et des nuits blanches ne vous permettront pas de l’atteindre. Ce qui compte, c’est d’avancer, d’itérer, et de savoir reconnaître quand une contribution est suffisamment solide pour être partagée, tout en préservant sa santé.

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