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De la cybersécurité informatique aux systèmes critiques : un parcours doctoral entre recherche et industrie

Photo du rédacteur: Yasmine BENGHENAME
Yasmine BENGHENAME
il y a 4 heures
3 min de lecture
Yasmine BENGHENAME
Yasmine BENGHENAME

Comment es-tu passée de la cybersécurité informatique à la recherche sur les systèmes critiques ?

J’ai toujours été passionnée par la cybersécurité, notamment par la recherche de vulnérabilités et la compréhension des failles qui peuvent affecter un système. Après un master en cybersécurité orienté IT, j’ai découvert, pendant mon doctorat, un autre univers : celui des technologies opérationnelles (OT) et des systèmes critiques.

Ce qui m’a particulièrement intéressée, c’est que dans ces systèmes, une cyberattaque ne représente pas uniquement une menace informatique : elle peut aussi perturber le fonctionnement du système et avoir des conséquences sur la sécurité des personnes. Ma thèse porte ainsi sur la manière de mieux prendre en compte les interactions entre la cybersécurité et la safety des systèmes. L’objectif est de proposer une approche permettant de relier ces deux domaines d’analyse des risques, tout en respectant leurs exigences spécifiques. Cette problématique, à la fois complexe et concrète, m’a donné envie d’explorer de nouvelles questions scientifiques.


Quel rôle les échanges avec les superviseurs et l’industrie ont-ils joué dans ta recherche ?

Le doctorat m’a appris que la relation avec ses superviseurs ne se limite pas à recevoir des réponses ou des instructions. Ils accompagnent notre réflexion, nous orientent et nous aident à développer notre autonomie scientifique. Mais, face à un sujet aussi complexe que le mien, qui mobilise des expertises différentes en cybersécurité, en safety et en systèmes critiques, il est également essentiel d’échanger avec des spécialistes du domaine.

Les discussions avec des experts industriels et les interventions dans des conférences ont ainsi enrichi ma recherche. Elles m’ont permis de confronter mes idées aux réalités du terrain et de mieux comprendre les contraintes auxquelles les solutions doivent répondre. J’ai appris que la recherche avance aussi grâce aux questions que l’on pose aux autres, aux expériences qu’ils partagent et aux critiques qu’ils formulent.


En tant que chercheuse, comment concilier la remise en question de ses idées avec l’ambition de produire des résultats concrets ?

Pour moi, changer d’avis ou faire évoluer une idée est une composante normale de la recherche. Certaines discussions avec des experts industriels m’ont amenée à reconsidérer des choix et à améliorer mes propositions. Si l’on souhaite qu’une contribution soit réellement utilisée, il faut écouter ceux qui connaissent les besoins, les contraintes et les conditions de déploiement.

Cela ajoute une difficulté : il ne suffit pas de développer une solution théoriquement pertinente, il faut aussi réfléchir à son applicabilité. C’est précisément ce qui m’a motivée. Je ne voulais pas produire uniquement un article de plus dans une base de données, mais contribuer à une réponse scientifique qui puisse, à terme, être utile sur le terrain.


Quels sont les principaux défis de ta thèse et qu’est-ce qui rend cette recherche importante ?

Les interactions entre la cybersécurité et la safety sont étudiées depuis plusieurs années, mais leur prise en compte conjointe dans la gestion des risques reste un défi. Ma thèse contribue à cette problématique en proposant une démarche qui relie les deux domaines sans fusionner leurs méthodes. Elle permet de mieux comprendre comment une perturbation cyber peut affecter le comportement d’un système critique, influencer son niveau de risque et orienter les décisions de traitement.

Le défi a été de construire une démarche scientifiquement cohérente, tout en tenant compte des contraintes et des attentes du terrain. Les échanges avec les experts ont été essentiels pour confronter les propositions aux réalités industrielles. Ma thèse ne prétend pas clore le sujet, mais apporter une contribution méthodologique à un problème encore ouvert et fournir une base pour de futurs travaux, notamment sur l’application et le déploiement de ces approches dans les systèmes critiques.


Quel conseil donnerais-tu à celles et ceux qui envisagent un doctorat ?

Je leur conseillerais de réfléchir à deux choses avant de se lancer : leur motivation pour le sujet et leur manière d’aborder l’incertitude. Le sujet peut être différent de leur formation initiale, mais il faut avoir envie de le découvrir et de continuer à apprendre. Il faut aussi accepter que la recherche ne fournisse pas toujours les réponses attendues, ni même des résultats immédiats.

Dans les moments difficiles, parler de ses idées, en discuter avec ses collègues et ses encadrants, et apprendre à les expliquer clairement peut faire une réelle différence. Persévérer ne signifie pas s’obstiner dans une seule direction, mais continuer à chercher, à écouter et à explorer d’autres pistes.

Enfin, il faut garder à l’esprit qu’une thèse ne clôt pas nécessairement un problème. Elle peut aussi faire émerger de nouvelles questions et ouvrir de nouvelles perspectives. Pour moi, c’est l’une des dimensions les plus stimulantes de la recherche : contribuer à faire avancer les connaissances, tout en découvrant ce qu’il reste encore à comprendre.

 

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