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De la salle de restaurant au simulateur de vélo, mon chemin vers le doctorat

Photo du rédacteur: Kuotian LI
Kuotian LI
il y a 10 heures
3 min de lecture

Kuotian LI
Kuotian LI

Témoignage de Kuotian Li, docteur de l'Université Paris-Saclay, thèse préparée à l'ESTACA'Lab (Laval) sur l'évaluation de la charge de travail mental des cyclistes en réalité virtuelle.


Pouvez-vous décrire le parcours qui vous a mené jusqu'au doctorat ?

Après le lycée en Chine, j'avais envie d'étudier dans un autre cadre. Lorsqu'un programme m'a proposé de poursuivre mes études en France, j'ai saisi l'occasion. Je suis arrivé en 2015, après trois mois de français en Chine pour obtenir le TCF B1, puis six mois de cours de langue en France.

J'avais toujours été bon en biologie, je me suis donc inscrit dans cette filière. Avec son vocabulaire d'origine latine, cette discipline demandait un niveau de langue que je n'avais pas encore, et je n'arrivais pas à suivre les cours. Après le premier semestre, j'ai décidé de me réorienter vers l'électronique, l'énergie électrique et l'automatique (E3A), en me disant que les formules de physique sont les mêmes partout dans le monde. Le changement étant important, j'ai dû attendre la rentrée suivante pour recommencer en première année.

En attendant, je ne voulais pas que mes parents dépensent davantage pour moi. J'ai travaillé comme serveur dans un restaurant chinois, à temps plein pendant un peu plus de six mois, puis le week-end pendant encore six mois environ, jusqu'à ce que les cours deviennent trop exigeants. J'ai ensuite obtenu ma licence E3A à l'Université Paris-Saclay, puis le master E3A de la même université, dans le parcours Réalité virtuelle et systèmes intelligents, un domaine qui me paraissait d'avenir.


En quelques mots, en quoi consiste votre thèse ?

Ma thèse s'inscrit dans le programme CharMent-Vélos, financé par la Délégation à la sécurité routière, en collaboration avec le Cerema. Aujourd'hui, un aménagement cyclable est surtout évalué une fois construit, à partir des accidents ou d'observations sur le terrain. Ces données disent peu de choses de ce que vit le cycliste, en particulier de l'effort mental qu'il fournit pour circuler.

J'ai utilisé un simulateur de vélo et un casque de réalité virtuelle pour faire rouler des participants dans différents aménagements (giratoires, bandes et pistes cyclables, circulation mixte, voie verte), avec plus ou moins de trafic. Je mesurais leur trajectoire et leur vitesse, leur ressenti par questionnaire, leur temps de réponse à une tâche secondaire et des indicateurs oculaires comme le diamètre pupillaire. Un résultat m'a particulièrement intéressé. L'aménagement préféré n'est pas forcément le moins exigeant. La voie verte est très appréciée, mais les interactions avec les piétons demandent une attention continue.


Quels ont été les moments les plus difficiles et les plus marquants de votre thèse ?

Venant de l'électronique, j'ai dû apprendre des notions de psychologie et de statistiques que je ne connaissais pas. Les expérimentations ont aussi demandé de la patience, car certains participants devaient s'arrêter à cause du mal du simulateur et il fallait recruter de nouveau. Enfin, rédiger une thèse entière en français a été un vrai défi.

Ce qui m'a le plus marqué, c'est l'ambiance du laboratoire. Des personnes venues de nombreux pays, avec des langues maternelles différentes, y travaillent ensemble au quotidien. J'y ai trouvé un environnement ouvert, où chacun a sa place.


Quel est votre projet professionnel ?

Je cherche aujourd'hui un poste de chercheur dans un centre de R&D en entreprise. Pendant le doctorat, j'ai pris goût au travail de recherche, et j'ai toujours aimé aller au fond des choses. Je serais heureux d'échanger avec les équipes qui travaillent sur les facteurs humains, la réalité virtuelle ou les mobilités.


Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui hésite à se lancer ?

Mon parcours n'a pas été droit. J'ai abandonné une première année, travaillé un an comme serveur, puis repris mes études à zéro. Avec le recul, chacune de ces étapes m'a appris quelque chose. Le chemin vers ce que l'on cherche est rarement direct, mais les périodes les plus difficiles finissent par passer. Il faut tenir bon jusqu'à ce que le jour se lève.



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