"En Recherche" par Adrien PYSKIR, Docteur Mécanique chez ATTOM

Dernière mise à jour : 23 oct.


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Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview.


Qu’est-ce qui vous a amené jusqu’au doctorat ?

J’ai suivi le cursus d’ingénieur à l’INSA de Lyon, en section sport études, ce qui m’a permis d’aménager l’emploi du temps, notamment des années de prépa, pour continuer l’aviron à haut niveau. C’est un cursus que je recommande car aussi bien l’enseignement que l’environnement sont propices à l’épanouissement des élèves, qu’ils soient sportifs, artistes, scientifiques, ou les trois !

Lors de ma formation à l’INSA, j’ai eu peu d’informations sur la thèse et la carrière académique. Je ne pensais donc pas poursuivre mes études en thèse de doctorat. Je me suis fait une meilleure idée du milieu académique lors d’un master de recherche en aéroacoustique à l’Ecole Centrale de Lyon, en parallèle de la fin de mes études à l’INSA. Ce master est parfait pour tous ceux qui souhaitent découvrir ou poursuivre sur la voie académique. Cela facilite également les rencontres avec des professeurs de diverses spécialités, et permet ainsi de discuter d’éventuels projets de thèses. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai trouvé mon propre projet, une thèse sur les métamatériaux acoustiques et vibratoires, en collaboration avec Stellantis (Anciennement PSA).


Une thèse CIFRE, donc ? Pourquoi pas une thèse académique ?

J’ai toujours eu une attirance pour la mécanique et l’industrie, probablement pour marcher sur les traces de mon père, instructeur de dessin technique à l’Arsenal de Roanne, et bricoleur à plein temps. Dans mon cas, la thèse CIFRE a donc été le format idéal pour côtoyer les deux mondes aux fonctionnements si différents que sont la recherche académique et l’industrie. Avec un an et demi en entreprise, puis deux ans en laboratoire, j’ai pu développer mes compétences, mes relations – mes horizons aussi ! – bien mieux que si je n’avais travaillé qu’à un seul endroit.

Aujourd’hui je comprends mieux ceux qui préfèrent une thèse purement académique. Les objectifs ne sont pas les mêmes, on cherche plus à faire sa part dans l’avancée des sciences, quand bien même ce ne serait que la part du colibri. J’ai appris à apprécier ce processus de recherche, que j’applique encore aujourd’hui, mais j’avais besoin d’avoir un objectif concret, une application, pour focaliser mes recherches et sentir l’aspect utile de cette recherche. Le partenaire industriel de la thèse CIFRE m’a fourni cet objectif, ce qui m’a conforté dans mon désir de travailler dans la R&D industrielle après ma soutenance.


Qu’apporte la thèse pour une carrière industrielle ?

A la sortie de la thèse, j’avais des envies assez contradictoires, professionnellement parlant. Je souhaitais continuer une activité de recherche, mais dans le secteur industriel qui me donnait une dimension plus appliquée et un sentiment d’action concrète que je ne retrouvais pas dans le milieu académique. Je souhaitais également m’éloigner des grands groupes, notamment du secteur automobile ou aéronautique, qui ne correspondent pas à mes préoccupations environnementales et sociétales. Or ces domaines font partie de ceux où l’on trouve le plus d’offres d’emploi. J’ai donc eu beaucoup de chance en trouvant une offre de travail remplissant tous ces critères, de surcroît en pleine crise sanitaire. Bien que n’ayant eu aucune formation dans le domaine du médical, j’ai été embauché dans un petit bureau d’études spécialisé dans les dispositifs médicaux. C’est une entreprise assez jeune, avec une petite équipe, jeune également. Le fait d’être une petite équipe ne donne certes pas tout le confort qu’offrent les grands groupes industriels, mais l’esprit d’équipe, l’importance des initiatives de chacun, sont d’autant plus prépondérants, ce que je trouve très appréciable.

Cette expérience m’a appris qu’une thèse n’implique pas de rester cloisonné dans son domaine pour le reste de sa carrière. Avec le recul, je pense qu’elle favorise au contraire une ouverture d’esprit qui élargit le champ des possibles des futurs docteurs. J’ai eu la chance d’avoir un sujet assez transverse, à la croisée de la mécanique, de la physique, et de la science des matériaux, et allant de la théorie à l’expérimentation, en passant par la simulation numérique. Aujourd’hui, cette pluridisciplinarité m’apporte beaucoup dans mon travail, car dans les petites entreprises, la flexibilité est un atout prépondérant. A l’inverse, je pense que les grands groupes industriels sont plus adaptés à ceux qui souhaitent se spécialiser dans leur domaine de prédilection.

Un conseil pour de futurs doctorants ?

Si je devais donner un conseil à un étudiant se lançant dans une thèse, je lui dirais d’essayer de prendre du recul, par exemple en discutant avec un maximum de personnes, même (ou peut-être surtout) si elles sont étrangères à son domaine. Pendant une thèse, on a tôt fait de se plonger corps et âme dans son travail, et de n’interagir qu’avec les personnes directement liées à son projet. Il y a beaucoup de doctorants qui traversent des phases de dépression et de doute lorsque leur recherche piétine. Même si je ne l’ai pas compris immédiatement, je pense qu’il est extrêmement bénéfique de discuter de son sujet avec son entourage, en gardant un esprit ouvert. Les bonnes idées peuvent venir de n’importe où et parfois, le simple fait de partager un problème rencontré avec un tiers donne le recul suffisant à le résoudre. La thèse est très proche d’un job de chercheur, mais reste une formation, dont le but n’est pas uniquement de fournir les résultats de ses recherches, même si c’est ce qui est jugé lors de la soutenance. Elle sert également à se développer personnellement, via les formations doctorales d’une part, mais également via tout ce que la thèse implique, tel que gestion de projet, prise d’initiative, communication et vulgarisation d’un sujet complexe. Il y a tout un écosystème à découvrir autour, mais pour ça, il faut arriver à lâcher un peu ses équations !